L’aspect historique - La
fête, le 30 mai 2004
Les actes de la vie
de saint Piat et la question de la christianisation de Seclin.
(tiré du livre ‘’l’hôpital Notre –
Dame de SECLIN’’. Histoire d’une fondation hospitalière
de Marguerite de Flandre, page 7, 8 et 9)
Par Stéphane REVILLION et Nicolas
DESSAUX
Les actes de la vie de saint Piat sont connus grâce
à un manuscrit daté du VIIIème siècle ou
du début du Ixème siècle et publié par les
Bollandistes dans les Acta Sanctorum. Piat est né en
Italie, dans la ville de Bénévent au IIIème siècle
après J.C. Dédiant sa vie à la religion chrétienne,
il reçoit à Rome l’ordre du sacerdoce des mains
de saint Denis. Par le suite, il est envoyé à Tournai
pour évangéliser les peuples du Nord de la Gaule, entre
l’Escaut et la Lys. Les villes de Tournai, Douai, Orchies et Seclin
sont ainsi évangélisées. A la troisième
heures du jour des calendes d’octobre, Piat est martyrisé
par un soldat de l’armée romaine qui lui tranche le haut
du crâne. Son corps est enseveli par les habitants du lieu, qui
aussitôt se convertissent.
L’authenticité des actes de la vie de saint
Piat est discutée depuis de nombreuses années. Des comparaisons
ont été effectuées avec les vies de saint Yon,
saint Romain, saint Trudon, saint Maurice d’Agaune et saint Lucien.
Différents auteurs concluent à la rédaction d’un
texte servant de référence pour le récit des actes
de ces saints, car les idées et les termes sont parfois identiques,
seuls quelques passages et détails diffèrent. A l’origine,
c’est la vie de saint Denis, que Grégoire de Tours intégrait,
dès le VIème siècle, dans un groupe de sept missionnaires
envoyés de Rome dans la Gaule païenne. Durant l’époque
carolingienne, cette liste de saints est élargie à d’autres
évangélisateurs qui apparaissent comme évêques
des lieux où ils prêchent et meurent : Quentin à
Saint – Quentin, Lucien à Beauvais, Piat à Tournai,
Crépin et Crépinien à Soissons, Victoric, Fuscien
et Gentien à Amiens.
L’image du saint céphalophore debout, décapité
portant sa tête entre les mains, est un thème hagiographique
dont l’origine est encore débattue. Certains pensent que
les artistes ont choisi cette image pour figurer la décapitation
et que par la suite, les hagiographes auraient converti ce symbole en
acte. D’autres indiquent que cette iconographie inconnue avant
l’époque carolingienne, serait une invention de cette période,
illustrant de façon plus imagée une phase de la plus ancienne
passion des saints Denis, Rustique et Uleuthère : ‘’la
langue (des martyrs) confessait encore le Seigneur après la décapitation’’.

Reliques de Saint Piat.
Crédit photo : Les Amis des Géants de SECLIN
Le texte de l’invention des reliques de saints
illustres par saint Eloi n’est pas plus explicite à ce
sujet. Il relate l’élévation des reliques de Quentin,
Piat, Lucien, Crépin et Crépinien. Pour Piat, il donne
clairement la localisation de la découverte de ses restes à
Seclin, au pays de Mélantois, où saint Eloi érige
un ‘’élégant mausolée’’
pour abriter les reliques. L’action d’Eloi semble justifiée
par un contexte historique particulier. Sa nomination à la tête
du double évêché de Noyon – Tournai pourrait
correspondre à une volonté de contrôler spirituellement
un vaste territoire occupé par des populations en majorité
non chrétiennes. La découverte des restes supposés
des premiers martyrs chrétiens lui sert d’argument pour
démontrer aux populations locales l’ancienneté de
leur appartenance à la religion du Christ.
Celle-ci semble apparaître dans nos régions vers la fin
du IVème siècle. Les fouilles archéologiques réalisées
au chœur de l’église Saint – Piat de Tournai
ont révélé, autour d’un caveau funéraire,
le plan d’un petit édifice de 3 m de côté,
reconnu comme une cella memoriae, protégeant le caveau
funéraire. Cette succession de constructions à vocation
religieuse pourrait confirmer une continuité cultuelle du christianisme,
de l’époque romaine tardive au VIème siècle,
tout du moins dans certains des anciens chef – lieux de cités.

Seclin (Nord), Lame funéraire de Saint- Piat
(vers 1250-1260) :
La lame funéraire, conservée dans le transept de la collégiale,
figure saint Piat dans une représentation hiératique et
frontale, comme il est de règle dans ce type de monument gravé
plus commémoratif que funéraire. Il est vêtu des
ornements sacerdotaux dont les orfrois, le manipule et le bas de l’aube
décorés de motifs géométriques, évoquent
une ornementation brodée, rehaussée de perles et pierreries.
Le sommet de la tête tranchée figure clairement la décapitation.
Le saint tient entre les mains sa calotte crânienne tonsurée.
La main bénissante de Dieu apparaît au dessus de la tête.
L’ensemble figure au centre d’une composition architecturale
entre deux colonnes à bases moulurées et à chapiteaux
à crochets supportant une arcade trilobée, surmontée
d’un fleuron en fleur de lys. De part et d’autre, la représentation
schématique et symétrique d’un édifice avec
une tour détachée de la nef pourrait figurer la collégiale
au XIIIème siècle. Cette lame est datée vers 1250
– 1260. Elle provient des ateliers tournaisiens déjà
actifs avant le XIIIème siècle. La rareté des œuvres
conservées empêche toutes comparaisons. Des rapprochements
peuvent être effectués avec des représentations
connues dans le bassin parisien. L’ensemble de ces caractéristiques
font de la lame de Saint – Piat l’une des rares œuvres
représentatives des courants artistiques du XIIIème siècle
dans le Nord de la France. Cliché : Stéphane REVILLON
Au IVème siècle, Seclin est un petit vicus,
regroupant des établissements à vocation essentiellement
agricole, en bordure de la voie romaine Arras – Tournai. Il dépend
de la civitas Tornacensium dont Tournai est le chef –
lieu. Au début du Vème siècle, les colons germaniques
s’installent à Seclin et dans la région, souvent
à l’emplacement des sites occupés par les Gallo
– Romains. La présence de chrétiens à Seclin
au cours de l’antiquité tardive, puis lors de la mission
d’ Eloi, est donc possible, si un parallèle est établi
avec Tournai. Mais aucun fait archéologique n’est actuellement
venu conforter cette idée. Au VIIIème siècle, comme
l’atteste la vie de saint Eloi, Seclin est un petit bourg, probablement
regroupé autour d’un bâtiment cultuel dédié
à saint Piat.
Très tôt, le culte des reliques de saint Piat assure à
la ville sa notoriété et une partie de sa prospérité.
La plupart des archives communales, détruites lors des deux derniers
conflits mondiaux, font cruellement défaut. Seul le travail de
certains historiens, ayant eu accès à ces documents avant
leur disparition, fournit un certain nombre de repères chronologiques.
A Seclin, au IXème siècle, un édifice est consacré
au culte des reliques de saint Piat, puisque en 846, face aux menaces
d’invasions normandes, on prend soin d’abriter les reliques
seclinoises dans la ville fortifiée de Saint-Omer. En 1065, elles
sont transportées à Lille, pour dédicace de l’église
Saint-Pierre . Ce sont probablement les chanoines de Seclin, qui assurent
ce transport, puisque leur chapitre est attesté dans la seconde
moitié du Xième siècle, le 27 avril 1090, date
à laquelle Wibalde ou Guibald, premier prévôt connu
du chapitre Saint – Piat, signe comme témoin avec plusieurs
des chanoines, un acte par lequel Robert, comte de Flandre, confirme
l’abbaye Saint – Christophe de Phalempin dans ses possessions.
Par la suite, en 1101, Wibalde apparaît, non seulement comme prévôt
du Chapitre de Saint – Piat, mais également comme chanoine
de Saint – Pierre de Lille. Le 26 mars 1188, le pape Clément
III reconnaît le chapitre de Saint – Piat et le prend sous
la protection du Saint – Siège. En 1297, les troupes de
Philippe le Bel, pénètrent en Flandre, assiègent
Lille, pillent Seclin et confisquent les ornements, les vases et les
archives de la collégiale, ainsi que les reliques de saint Piat.
L’ensemble est rapidement restitué, sauf les reliques,
conservées par l’abbaye de Gamaches (arrondissement d’Abbeville,
département de la Somme), qui ne sont rendues qu’en 1309.
On ne sait rien de l’architecture des édifices religieux,
dédiés à saint Piat, qui ont précédé
la collégiale gothique, édifiée dans la première
moitié du XIIIème siècle. Seules des fouilles archéologiques
nous permettraient d’examiner la disposition des constructions
romanes et peut-être antérieures. Cependant, il est vraisemblable
que le bâtiment gothique adopte un plan plus vaste que les précédents.
Il possède une élévation où se rencontrent
des éléments architecturaux caractéristiques (chapiteaux,
colonnes, moulures d’arc) de l’influence exercée
par l’architecture tournaisien. Des aménagements sont effectués
dans la crypte autour du tombeau de saint Piat, doté d’une
remarquable lame funéraire, sortie d’un atelier tournaisien
vers 1250-1260. Ces travaux qui correspondent au renouveau de l’architecture
religieuse, sont aussi destinés à l’accroissement
des capacités d’accueil de l’édifice qui reçoit
les pèlerins venus chercher secours auprès des reliques
et bénéficier des bienfaits de l’eau du puits de
saint Piat sensée ‘’servir de boisson médicinale
aux infirmités humaines’’, selon un ouvrage du XVIIème
siècle.
En 1853, les reliques de saint Piat sont transférées dans
une nouvelle châsse. A cette occasion, l’inventaire du contenu
est dressé, en présence d’un médecin. La
châsse renferme les ossements d’au moins trois individus,
dont un adulte, un enfant et un adolescent. Un fragment d’os frontal
porte la trace d’une blessure. Sur une mâchoire inférieure,
trois alvéoles dentaires sont soudées, indiquant une perte
des dents avant le décès. Un fragment d’os pariétal,
ayant probablement été exposé, porte des traces
d’usure intense. Certains ossements présentent des marques
de cire jaunâtre. A coté des reliques, trois parchemins
sont datés par l’écriture, respectivement des XIIème,
XIIIème et XVIème siècle. Le clou et les médailles,
mentionnés lors de l’ouverture de la chasse en 1609, ne
sont plus signalés en 1853.