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Introduction
- Le Comté de Flandre au Moyen Âge
- Histoire du comté de Flandre aux
cours des siècles - Aspect linguistique
de la Belgique et du Nord de la France - Les
Croisades - La quatrième
croisade - Marguerite de Flandres -
Le Hareng au Moyen - Age - Philippe
Auguste, Roi de France - Isabelle de Hainaut
- Constantinople,
porte de l'Orient - La bataille de Mons
en Pévèle - Louis XI en visite
à Seclin - Les Soeurs Augustines
Hospitalères à SECLIN - conférence de Madame Sylvia
EVRARD
JEANNE DE FLANDRE LA BONNE COMTESSE
Par le Docteur Alain GERARD
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Les
amateurs d'exactitude sont quelque peu déconcertés par les imprécisions
entourant l'état - civil de la comtesse Jeanne : non seulement
les spécialistes hésitent, pour la naissance , entre 1188 et 1200,
mais elle est aussi connue sous deux titres : comtesse de Flandre
et de Constantinople. Cette étrangeté provient de son père, le
comte Baudouin IX de Flandre qui, au cours de la quatrième croisade,
est élu par ses pairs empereur de Constantinople.
Il disparaît quelques mois après, en Bulgarie, laissant une veuve
( qui meurt peu après ) et deux orphelines. Jeanne, l ' aînée,
hérite des titres de son père et du comté de Flandre.
Elle est prise en charge, avec
sa sœur Marguerite, par un redoutable tuteur, le roi de France
Philippe Auguste qui les abriter
au Louvre où, certes, elles sont fort bien traitées, mais constituent
de véritables otages. Le roi compte renforcer son emprise en mariant
Jeanne avec l ' un de ses fidèles, Ferrand de Portugal, ce qu'il
réalisa fin 1211. Le résultat ne correspond pas à son attente
: Ferrand, gravement humilié par le fils du roi à Péronne, s'allie
aux ennemis de Philippe Auguste,
ce qui débouche sur la bataille de Bouvines , le 27 juillet 1214.
Ferrand, vaincu, est emmené à Paris pour une sévère captivité
de douze années.
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Durant cette difficile période, Jeanne,
bien conseillée par sa belle-mère , assure de son mieux la direction
du comté, faisant face à l ' agitation de la noblesse et des cités,
et surtout au douloureux épisode du faux Baudouin, un ermite mythomane,
ancien jongleur, qui profitant habilement du mystère entourant la mort
de Baudouin IX, réussit à persuader qu ' il était le comte miraculeusement
sauvé. Il soulève une véritable sédition grâce à la complicité, plus
ou moins de bonne foi, de quelques villes et de nombreux seigneurs.
L ' imposteur, démasqué, est exécuté, mais le roi de France doit participer
au rétablissement de l ' ordre.
Un gouvernement généreux
La comtesse Jeanne finit par obtenir
la libération de Ferrand, en 1226. Le couple a quelques années de relative
tranquillité, consacrées à une sage administration, avec, entre autre,
la fondation de nombreuses institutions charitables ou religieuses.
Une fille, Marie, naît alors. Le comte Ferrand meurt en 1233, bientôt
suivi dans la tombe par le petite Marie. L ' accumulation de ces malheurs
n ' aigrit pas Jeanne. Bien au contraire, elle est renforcée dans sa
volonté de gérer au mieux son domaine : c ' est réellement la '' bonne
comtesse '' qui exerce son action dans deux orientations privilégiées.
Responsable politique, elle favorise l ' autonomie communale et l '
accroissement du rôle des habitants des villes dans l ' exercice du
pouvoir local : la charte de Lille, en 1235 en est un bon exemple. Egalement,
elle est à l ' origine de plusieurs institutions hospitalières qu 'elle
dote généreusement : Saint - Sauveur et l ' hospice Comtesse à Lille,
l ' hôpital d ' Orchies, plusieurs béguinages en sont les manifestations
les plus notables.
Elle décède en 1244 à l ' abbaye de
Marquette, une de ses fondations, où elle est inhumée. C'est à juste
titre que le Centre Hospitalier Universitaire de Lille a décidé d'attribuer
le nom de cette bienfaitrice au très récent hôpital de la mère et de
l'enfant qu'il a édifié.
Photo de la tapisserie de Guillaume
Werniers (1703) Musée Comtesse, Lille Jeanne et ses deux maris successifs
CONTROVERSE SUR L'AGE REEL DE JEANNE DE FLANDRE.
Extrait du livre de Geneviève
DE CANT : ‘’JEANNE et MARGUERITE de Constantinople
– Comtesses de Flandre et de Hainaut au XIIIème siècle’’
– Editions Racine – Bruxelles –1996 page 33 –
34
Quel âge a Jeanne au moment où lui parvient
la nouvelle de la disparition de son père ? La date de sa
naissance n’étant pas mentionnée dans les chroniques,
plusieurs hypothèses sont permises. Certains historiens la font
naître vers 1188 (1), d’autres donnent la date de 1200.
Douze années d’écart entre ces deux dates, c’est
beaucoup ! Tentons une meilleure approche chronologique.
Si Jeanne était née en 1188, elle aurait eu dix-huit ans
en 1206. Comme à cette époque les femmes étaient
majeures à douze ans, tant pour le mariage que pour le pouvoir
(les hommes l’étaient à quinze ans), la jeune comtesse
pouvait donc, en tout état de cause, prendre la tête du
comté. Or, elle reste sous la tutelle de son oncle et cela pendant
plusieurs années encore. Tout porte donc à croire que
Jeanne était encore mineure en 1206 ; elle ne serait ainsi
pas née en 1188, mais bien à la fin de l’année
1199 ou au début de 1200. La chronique de Baudouin d’Avesnes
lui donne deux ans lors du départ de son père en croisade
en 1202 :
Li quens avait de li (Marie de Champagne) une jouenne fille
qui n’avait pas plus de deux ans ; elle avait non Jeahanne.
(2)
Un récit de l’époque vient aussi confirmer la probabilité
de la date de 1200 ; il s’agit d’une œuvre écrite
en 1233 par Thomas de Cantimpré du vivant de Jeanne de Flandre.
D’après l’auteur, sa mère avait dû prendre
plusieurs années avant d’avoir la joie d’être
enceinte :
La comtesse Marie longtemps stérile, devint enfin grosse
pendant son séjour à Valenciennes. Arrivée à
terme, elle fut atteinte de douleurs incroyables. Déjà
neuf jours, s’étaient écoulés dans ce travail
plein d’angoisses, lorsqu’elle fit appeler à elle
le serviteur de Dieu (Jean, abbé de Cantimpré). Sitôt
qu’il fut entré, elle s’écria : Mon Père,
ayez pitié de mes souffrances et mettez-vous en prière
pour moi. Touché par ces larmes, Jean se retira dans l’oratoire
et se mit à prier avec ferveur, demandant à Dieu que la
comtesse mette au monde un enfant pour le salut et le bonheur de la
patrie ! A peine l’homme de Dieu avait-il achevé son
oraison que les chambrières de la comtesse accoururent en grande
liesse et jubilation à la porte de l’oratoire, annonçant
que leur dame et maîtresse venait de mettre au monde un enfant
de sexe féminin ; (…) (3)
D’autres éléments viennent encore étayer
l’hypothèse de la date de 1200. En 1208, Philippe Auguste,
ayant obtenu la garde des deux fillettes, s’engage à ne
pas les marier avant qu’elles n’aient atteint ‘’l’âge
légitime’’ (4). Et en parlant du mariage de Jeanne
– qui eut lieu en 1212 – le chroniqueur d’Auxerre
écrit : Ferrandus…accepit exorem johannem jam
nubilem (Ferrand prit pour épouse Jeanne à peine nubile).
Enfin, lorsqu’en 1237 Jeanne épousera, en secondes noces
Thomas de Savoie, le peuple espérait une descendance de ce remariage.
Si Jeanne était née en 1188, elle aurait eu alors quarante-neuf
ans, ce qui réduisait fortement les chances d’avoir un
héritier ! A trente-sept ans, on pouvait encore l’espérer.
Selon toute vraisemblance, la naissance de Jeanne se situe donc aux
environs des années 1199 – 1200.
- D’OUDEGHERST, KERVYN DE LETTENHOVE, WAUTER, LE
GLAY.
- Chronique de Baudouin d’Avesnes, R.H.F/ tome
XIV, p.761.
- Vita B. Johannis, primi abbatis Cantipratensis, Aurore
Thoma Cantipratensi, lib. III, cap. A ; Manuscrit de la Bibliothèque
de M.LE GLAY. Cité par Ed. LE GLAY.
Thomas DE CANTIMPRE, né à Leeuw Saint Pierre en 1201,
devient chanoine régulier de l’ordre de saint Augustin
de l’abbaye de Cantimpré en 1217 (près de Cambrai).
Il est l’auteur d’une Vie de Jean, premier abbé
de Cantimpré et de plusieurs hagiographies.
- Non maritabimus eas (les comtesses) sine
assensu comitis antequam pervenerint ad etatem legitimam. C.DUVIVIER,
2e partie, p.7.

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