Introduction
- Le Comté de Flandre au Moyen Âge
- Histoire du comté de Flandre
aux cours des siècles - Aspect
linguistique de la Belgique et du Nord de la France - Les
Croisades - La quatrième
croisade - Jeanne de Flandres - Le
Hareng au Moyen - Age - Philippe Auguste,
Roi de France - Isabelle de Hainaut
- Constantinople,
porte de l'Orient - La bataille de Mons
en Pévèle - Louis XI en
visite à Seclin - Les Soeurs
Augustines Hospitalères à SECLIN - conférence
de Madame Sylvia EVRARD
MARGUERITE DE FLANDRE (1202 - 1280)
Fondatrice de l'hôpital de SECLIN
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Marguerite
et Jeanne de Flandre sont les filles de Baudouin IX, comte de
Flandre et de Hainaut, élu Empereur
de Constantinople après la prise de la ville par les croisés
en 1204, capturé et tué par les Bulgares en 1205. Orphelines,
elles sont confiées à leur oncle Philippe le Noble, comte de
Namur, puis au roi de France Philippe
Auguste, qui gère leurs comtés.
Ci contre Baudouin IX entouré de son
épouse et de ses deux filles. Tapisserie de G. Werniers
d'après un carton D'Arnould de Vuez, 1703 (Musée
de l'Hospice Comtesse, Lille) |
En 1211, Jeanne épouse Ferrand, fils
du roi de Portugal. Avec le roi d'Angleterre Jean Sans Terre et l'empereur
romain d ' Allemagne Otton de Brunswick, Ferrand participe à la coalition
contre Philippe Auguste. Le conflit conduit
à la bataille de Bouvines en 1214, où Ferrand est fait prisonnier.
Il n'est libéré qu'en 1226, et meurt en 1233, Jeanne de Flandre épouse
alors, Thomas, fils du comte de Savoie.
En 1212, Marguerite épouse Bouchard,
fils cadet du seigneur d ' Avesnes et bailli du Hainaut. Face au trop
grand appétit que Bouchard manifeste pour l' héritage de son épouse,
Jeanne devenue comtesse de Flandre et de Hainaut désire faire annuler
le mariage de sa sœur, en révélant que Bouchard a été homme d'église.
En 1215, le pape excommunie les époux, qui refusent de se séparer
et partent vivre au château d ' Houfflalize, dans le duché de Luxembourg,
où ils ont trois enfants dont Jean D'AVESNES.
Ils se séparent en 1221. Dès 1223,
Marguerite est remariée à Guillaume de Dampierre, fils d'un grand
seigneur champenois. Ils ont quatre enfants, dont Guillaume et Gui
de Dampierre. Veuve en 1232, elle reçoit un douaire, qui consiste
en un grand domaine situé autour d'Orchies et de Bouchain.
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En 1244, à la
mort de Jeanne, Marguerite devient comtesse de Flandre et de
Hainaut. De son vivant, les enfants de ses deux mariages se
disputent sont héritage : deux comtés parmi les plus importants
d'occident. C'est la querelle des Avesnes et des Dampierre.
Jean d'Avesnes est soutenu par la noblesse du Hainaut, les comtes
de Hollande et l'empereur Guillaume II. Guillaume de Dampierre
est soutenu par sa mère Marguerite. En 1246, le roi de France,
Louis IX ( futur saint Louis ), et le légat du pape, arbitrent
le conflit en attribuant la Flandre aux Dampierre et le Hainaut
aux Avesnes. Le conflit rebondit en 1232, après la mort de Guillaume
de Dampierre, lors d'un tournoi. Son frère Gui, devenu comte
associé refuse le titre de comte à Jean d'Avesnes.
A la bataille de l'île de Walcheren,
en Zélande, il est fait prisonnier. Charles d'Anjou, chargé
du royaume de France en l'absence de son frère, Louis IX parti
en croisade, s'allie alors à Marguerite et envahit le Hainaut.
Allié des Avesnes, l'empereur Guillaume II intervient. Louis
IX revient et arbitre le conflit. En 1256, il rend son dit de
Péronne, qui attribue à nouveau la Flandre aux Dampierre et
le Hainaut aux Avesnes. Marguerite doit verser une forte rançon
pour son fils prisonnier et pour le retrait des troupes de Charles
d'Anjou. Retirée à l'abbaye de Flines depuis 1278, Marguerite
meurt le 10 février 1280 entourée des siens et de toute la communauté
religieuse . Chaque parti ayant renforcé ses positions, le traité
est respecté.
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Jeanne
et Marguerite ont fondé ou favorisé de nombreuses institutions
religieuses, particulièrement féminines : abbayes de Cisterciennes,
couvent de Dominicaines cloîtrées, béguinages et hôpitaux tenus
par des Augustins. L'influence des Dominicains, ordre fondé
au début du XIII ième siècle, a été très importante dans leur
politique religieuse. C' est la raison pour laquelle l ' image
de saint Dominique apparaît sur le manuscrit
de la Reuille de l ' hôpital de SECLIN.
Photo de la statue de Marguerite
de Constantinople dite Marguerite de Flandre par CRAUK en 1880
Jardin de l'hôpital Nostre - Dame de Seclin (photo Pascal MULLIER,
photographe, service de la communication de la commune de SECLIN)
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Tableau de la fondation l'hôpital
Notre - Dame. Peinture anonyme, 1632 représentant autour de Notre
- Dame, patronne de l'hôpital, les deux comtesses ; Jeanne, à gauche
et Marguerite, à droite. Jeanne porte la maquette d'une église, symbole
de son acte de fondation. Derrière Jeanne, le maître de l'hôpital,
saint Augustin et frères agenouillés. Derrière Marguerite, sainte
Elisabeth de Hongrie et de Bohème, la prieure et les sœurs agenouillées.
Dans le fond, les lits dans les alcôves. (Musée de l'hospice Comtesse,
Lille). Fragment représentant Marguerite de pieds.
MARGUERITE DE
CONSTANTINOPLE
COMTESSE DE FLANDRE ET DU HAINAUT
‘’Grande Dame de Pévèle’’
Par Michel MOMONT
Article paru dans le numéro 39 de
la revue ‘’Pays de Pévèle’’
de juin 1996
Avec l’aimable autorisation de son auteur et
de Mme HEDDEBAUT Monique, directrice de la publication de la dite
revue.
L’article est mis en ligne sous l’entière responsabilité
de son auteur.
AVERTISSEMENT
‘’Le texte ci-dessous est un travail de synthèse.
Il comporte de nombreuses citations d’historiens anciens et
contemporains.
Pour ne pas l’alourdir, j’ai renoncé à l’usage
des guillemets sauf pour les écrits ou paroles attribués
à l’héroïne.
La liste des sources utilisées est publiée à
la suite. Cela n’empêche nullement de se reporter aux
autre publications autorisées sur le sujet.
J’espère ainsi avoir respecté, autant que faire
se peut, la vérité historique, sans prétendre
à l’exhaustivité’’.
Marguerite II de Flandre, plus connue sous le nom de
Marguerite de Constantinople, fut Comtesse de Flandre et du Hainaut
de 1244 à 1279.
Elle marqua profondément son époque,
notamment en Pévèle où elle vécut de nombreuses
années et où elle voulut se faire inhumer.
Les Pévèlois connaissent sans doute trop
p)eu sa vie qui fut pourtant loin d’être un long fleuve
tranquille. Aimée par les uns, haïe par les autres, Marguerite
a été considérée par la postérité
tantôt comme la Comtesse la plus sage, tantôt comme la
‘’Noire Dame’’.
Cet essai tente de faire objectivement le point sur
l’existence qui fut, de toute façon, peu commune et,
pour ce qui concerne le Pays de Pévèle, certainement
bénéfique.
LE CADRE HISTORIQUE
Nous somme au début du XIIIème siècle.
Le roi de France, Philippe II dit le Conquérant
- que l’histoire retiendra sous le nom de Philippe Auguste -
a commencé à mettre en œuvre son grand dessein :
l’élargissement du domaine royal. En quarante-trois ans
de règne, il en quadruplera la superficie.
Déjà, en épousant en 1180 Isabelle,
la fille du Comte de Hainaut, Bauduin V le Courageux, il s’est
assuré de l’Artois et, en 1185, il a pris possession
d’Amiens et du Vermandois, tous ces territoires formant la dot
d’Isabelle. Philippe Auguste est donc aux portes de deux riches
provinces : la Flandre, fief mouvant majoritairement de la couronne
de France et le Hainaut, terre relevant de l’Empire germanique.
Ces deux principautés, très prospères,
excitent en permanence la convoitise du roi. De 1185 à la fin
du siècle, Philippe Auguste, remettant sans cesse les frontières
en question, est venu guerroyer de nombreuses fois :
- d’abord contre Philippe d’Alsace, le Comte de Flandre,
son parrain et tuteur, devenu son ennemi,
- ensuite contre Bauduin V de Hainaut, le Courageux qui, ayant
épousé Marguerite, sœur de Philippe d’Alsace,
a succédé à ce dernier de 1191 à 1194
à la tête du Comté de Flandre,
- enfin, contre Bauduin VI, le fils du Courageux, qui depuis la
mort de Marguerite d’Alsace, est à la fois Comte de
Flandre sous le nom de Bauduin IX et Comte de Hainaut sous le nom
de Bauduin VI.
Cependant, Bauduin IX – VI – père
de notre héroïne – a su résister aux prétentions
de Philippe Auguste. Le 02 janvier 1200, à Péronne,
il lui a fait reconnaître sa souveraineté sur les deux
comtés : il les tient donc bien en mains.
NAISSANCE DE MARGUERITE
– ORIGINE DE LA QUATRIEME CROISADE
C’est à Valenciennes, en Hainaut, que
naît Marguerite aux fêtes de la Pentecôte 1201 (1).
Elle est la deuxième enfant de Bauduin et de
Marie de Champagne, son épouse. Jeanne, leur première
fille, née en 1190, succédera à son père
de 1206 à 1244 ; elle restera dans les mémoires
‘’la bonne Comtesse Jeanne’’.
Quant à Marguerite, elle reçoit le prénom
de sa grand mère qui fut la première femme à
hériter à la fois du Comté de Flandre (par son
frère, Philippe d’Alsace, mort sans enfant) et du Comté
de Hainaut (par son mari Bauduin V).
Dès 1201, on ne pouvait assurément se
douter que la petite Marguerite, de onze ans plus jeune que Jeanne,
gouvernerait, elle aussi, la Flandre et le Hainaut pendant trente-cinq
ans et que sa succession provoquerait des luttes sanglantes.
Dès 1202, le destin exceptionnel des deux sœurs
prend forme. Bauduin, leur père, part pour la terre sainte :
le Comte sera l’un des chefs de la quatrième croisade.
Le tombeau du Christ est en effet toujours aux mains de ‘’l’infidèle’’
Saladin car Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion n’ont
pas pu reconquérir Jérusalem au cours de la croisade
précédente ((1190-1192).
C’est à l’occasion d’un tournoi
en Champagne que Bauduin décide de répondre à
l’appel lancé aux barons de France par le fameux Foulque,
curé de Neuilly sur Marne, considéré comme un
saint par le peuple et à qui le pape Innocent III a confié
le soin de prêcher cette nouvelle croisade. Hélas !
Bauduin ne parviendra jamais à Jérusalem : son
expédition en Orient sera une aventure lourde de conséquences.
BAUDUIN Ier
DE CONSTANTINOPLE
Avant de partir, Bauduin confie la tutelle de ses filles
et l’administration de ses états conjointement à
son frère, Philippe de Namur et à un brillant chevalier
qu’il avait en haute estime : Bouchard d’Avesnes.
Le jour de Pâques, 14 avril 1202, l’énorme
convoi des croisés (il atteindra quelque trente mille hommes)
se met en route. Parmi eux, les comtes de Saint-Pol, de Champagne
et de Blois, les évêques de Soissons et de Troyes.
Ils sont arrêtés une première fois
à Venise. Comptant sur la flotte de cette puissante république
pour s’embarquer vers la Syrie, ils doivent, en échange,
prêter main forte aux Vénitiens pour aller reprendre
en Dalmatie la ville de Zara, enlevée par les Hongrois.
On est alors en novembre 1202.
Une seconde fois, les croisés se détournent
de leur route, à la demande d’Alexis Comnène,
fils d’Isaac II – Ange, l’empereur grec de Constantinople,
lequel avait été détrôné par son
frère Alexis III. Le prince Alexis Comnène promet de
rétribuer généreusement les croisés et
de replacer l’Empire byzantin sous l’autorité de
Rome (Byzance s’en était séparée en 1054),
s’ils l’aident à rétablir son père
sur le trône.
Bauduin et ses compagnons d’armes partent pour
Constantinople, non sans arrière-pensées : la cité
réputée la plus riche d’Orient ne peut que présenter
beaucoup d’attraits pour des chevaliers toujours à court
de ressources !
A la suite d’un siège de soixante jours,
ils emportent la ville. Isaac II - Ange est rétabli et partage
le pouvoirs avec son fils qui prend le nom d’Alexis IV.
L’hiver étant arrivé, les croisés
décident de ne pas reprendre la mer avant le printemps. Ils
préfèrent jouir du pays conquis en séjournant
sur les agréables rives du Bosphore !
Survient alors à Constantinople une insurrection :
Isaac II Ange est assassiné et Alexis IV – Comnène
étranglé par l’usurpateur Alexis Ducas, surnommé
Murzulphe.
Les croisés reviennent donc assiéger
la ville : après soixante-huit jours de lutte, elle tombe
entre leurs mains. Le 12 avril 1204, Bauduin entre à nouveau
dans la capitale de l’Empire Byzantin… qui est, cette
fois, mise à sac : les croisés se paient ainsi
eux-mêmes de l’aide apportée à Isaac II
Ange et son fils qui n’avaient pas tenu leurs promesses. Tant
il est vrai que le pire côtoie le meilleur chez ceux qui ont
cousu la croix sur leur manteau !
Le trône impérial étant vacant,
les chefs de l’expédition, princes aussi bien qu’évêques,
pensent le moment venu de réaliser l’unité de
la chrétienté promise par Alexis IV Comnène avant
son couronnement : ils fondent ce que l’on appellera l’Empire
latin de Constantinople.
Le 16 mai 1204, ils élisent à sa tête
celui qu’ils jugent le plus digne : Bauduin IX –
VI, Comte de Flandre et de Hainaut qui devient ainsi Bauduin 1er,
Empereur de Constantinople – ce que rappelle le titre que porteront
ses filles Jeanne et Marguerite.
Mais les grecs n’acceptent pas le joug des latins.
Bauduin doit entreprendre la conquête de la Thrace.
Devant les murs d’Andrinople qui résiste,
il es vaincu et fait prisonnier par les bulgares venus au secours
des assiégés. Après avoir retenu Bauduin captif
onze mois, Johanice, rois des bulgares, ordonne de lui couper bras
et jambes et le fait jeter, ainsi mutilé, dans une fosse où
il meurt an avril 1205.
Entre temps, la Comtesse Marie de Champagne s’était
mise en route par mer pour rejoindre son mari en Palestine. Arrivée
malade en Syrie, elle était morte d’émotion à
Saint Jean D’Acre en 1204, en apprenant l’élection
de Bauduin au trône impérial.
Voici donc Jeanne et Marguerite orphelines. La mort
de Bauduin n’est tenue pour certaine qu’en 1206, Jeanne
ayant envoyé des ambassadeurs s’informer auprès
des Bulgares. Fille aînée, Jeanne devient alors à
seize ans, Comtesse de Flandre et de Hainaut. (voir l’article
de Mme Geneviève DE CANT : Réponse à la
controverse sur l’âge réel de Jeanne de Flandre)
LES JEUNES ANNEES AU
LOUVRE
Philippe – Auguste, toujours préoccupé
d’affermir la couronne de France, craint qu’on propose
Jeanne en mariage au roi d’Angleterre. Il décide donc
de mettre à profit une coutume féodale alors bien établie :
le droit de garde des enfants mineurs de ses vassaux.
De surcroît, Philippe – Auguste est l’oncle
des jeunes princesses : il a épousé, rappelons-le,
en premières noces, Isabelle de Hainaut (décédée
en 1190, après avoir donné naissance au futur Louis
VIII). Il entend bien se faire obéir de ses nièces !
Avec la connivence de Philippe de Namur qui n’ose
lui tenir tête (et à qui il promet en récompense
la main de sa fille Marie, née de sa troisième épouse,
Agnès de Méranie), Philippe – Auguste fait enlever
Jeanne et Marguerite du château de Gand pour les amener à
Paris.
Les Flamands et Hennuyers ont beau réagir énergiquement
en ôtant à Philippe de Namur, tuteur indigne, le gouvernement
des deux provinces ; les jeunes princesses resteront au Louvre,
parmi les dames d’honneur de la reine.
Jusqu’à ce que le roi ait arrangé
le mariage de Jeanne avec Ferrand de Portugal…ce en quoi il
commet une grave erreur, puisque Ferrand se retournera contre lui,
avant d’être vaincu à Bouvines.
PREMIER MARIAGE DE MARGUERITE :
BOUCHARD D’AVESNES
Marguerite à dix ans lorsqu’elle regagne
la Flandre et le Hainaut. Elle y est confiée à nouveau
à son second tuteur, Bouchard d’Avesnes qui a gardé
tout son crédit auprès des Conseillers des deux provinces.
Bouchard est le fils de Jacques d’Avesnes, mort
glorieusement en Terre Sainte sous les yeux de Richard Cœur de
Lion, au cours de la troisième croisade.
Nobles et Conseillers savent que Bouchard a été
fait chevalier par Richard lui-même (sacré Roi d’Angleterre).
Ils savent aussi que Bouchard a d’abord envisagé l’état
ecclésiastique et qu’il a étudié le droit
à Paris avant de pencher pour la carrière des armes
et de se mettre au service de Richard 1er, l’ami
de son père.
Ce qu’ils ignorent, c’est que le Chevalier
Bouchard, avant d’être adoubé et de revenir en
Flandre, a reçu secrètement l’ordre du sous-diaconat
à Orléans et que, de ce fait, il a contracté
l’engagement du célibat.
Or, la jeune Marguerite qui, selon ses admirateurs,
a ‘’la grâce de la fleur dont elle porte le nom’’,
ne tarde pas à recevoir des demandes en mariage. Philippe-Auguste,
toujours aux aguets, propose un prince bourguignon de sang royal (le
duc de Cornouailles, Arnould, a en effet déjà fait connaître
ses aspirations !).
Les Conseillers consultent la noblesse et les échevins
des bonnes villes : ceux-ci, soucieux de l’indépendance
du pays, leur préfèrent celui qui a su se faire remarquer
de Bauduin et que l’on considère dans la région
comme le chevalier le plus accompli : Bouchard.
Marguerite n’est d’ailleurs pas insensible
aux charmes de son tuteur qui joint les qualités du corps à
celles de l’esprit : elle répond volontiers à
ses avances.
En 1213, dans la chapelle du château du Quesnoy,
un prêtre de la Maison des Avesnes, Guy de Nouvion, bénit
leur union. Sait-il que, pour l’Eglise, elle est entachée
de nullité ?
Les noces sont célébrées en grande
pompe à la cour de Ferrand et de Jeanne. Celle-ci est heureuse
de voir sa sœur en de si bonnes mains. Puis Bouchard emmène
sa jeune épouse – elle n’a que douze ans alors
qu’il en a quarante ! – au château d’Etroeungt,
près d’Avesnes.
Deux années s’écoulent, deux années
de bonheur puisque , en ce bref laps de temps, la précoce Marguerite
donne successivement naissance à deux fils : Jean et Bauduin.
D’où vient alors la rumeur ? Peut-être,
à la cour de France s’est-on informé du passé
de Bouchard, car Philippe – Auguste n’a pas vu d’un
bon œil le mariage de Marguerite : ne risquait-il pas de
porter dans la famille des Avesnes la couronne de Flandre et de Hainaut,
au cas où l’aînée, Jeanne, mourrait sans
enfant ? – ce qui devait se produire !
Toujours est-il qu’une nouvelle stupéfiante
se répand dans le pays et parvient aux oreilles de Jeanne :
Bouchard a prononcé dans sa jeunesse des vœux qui lui
interdisaient de se marier.
Jeanne en appelle au Pape Innocent III qui, au Concile
de Latran (1215) déclare le mariage nul. Mais Bouchardet Marguerite
refusent de se soumettre. Bouchard tente d’abord de fléchir
le Pape : il se rend à Rome pour implorer le pardon. En
vain ! Innocent III exige qu’il remette femme et enfants
à la Comtesse Jeanne et qu’il reprenne l’habit
ecclésiastique. Bouchard promet de s’amender mais, à
peine revenu au milieu des siens, il s’écrie : ‘’Je
préfère être écorché vif et coupé
par morceaux que de me séparer d’objets aussi chers’’.
Marguerite témoigne, elle aussi, qu’elle
a du tempérament. Un jour qu’elle se trouve à
la cour de Flandre, elle déclare devant plusieurs évêques
et barons : ‘’Oui, je suis la femme de Bouchard,
et sa femme légitime. Jamais, tant que je vivrai, je n’aurai
d’autre époux que lui !’’ et, se
tournant vers la Comtesse Jeanne : ‘’Celui-là,
ma sœur, vaut mieux que le vôtre’’ (Ferrand
de Portugal), ‘’il est meilleur mari’’
– Ferrand n’avait pas encore procrée – ‘’et
il est plus brave chevalier’’ – Ferrand, après
la défaite de Bouvines, était en prison dans la tour
du Louvre !
Pour gagner du temps – on pouvait escompter qu’Innocent
III, âgé et en mauvaise santé, ne vivrait plus
bien longtemps – et pour mieux se soustraire à l’influence
de Jeanne, Bouchard et Marguerite s’étaient installés
au château d’Houfalize, sur la Meuse. Ils devaient y rester
six ans. Hélas ! en 1217, le nouveau Pape, Honorius III,
promulgue l’excommunication de Bouchard !
Le fier Chevalier se rebelle et, en 1219, il prend
les armes contre Jeanne pour la forcer à payer la dot de sa
sœur. Bouchard exigeait la moitié de l’Héritage
de Bauduin IX. Cette fois, le sort lui est défavorable :
il est vaincu. Blessé, abandonné par ses serviteurs,
désapprouvé par son peuple, il est réduit à
se rendre.
Marguerite elle-même, menacée à
son tour des foudres de Rome si elle ne quitte pas son apostat de
mari, est contrainte d’obéir. En 1221, elle vient se
réfugier auprès de sa sœur, avec ses enfants considérés
comme illégitimes.
DEUXIEME MARIAGE DE MARGUERITE
– INSTALLATION EN PEVELE
Que se passe-t-il alors chez Marguerite ? Subit-elle
l’influence de Jeanne ? ou, se rendant enfin compte que
Bouchard a abusé de sa bonne foi, veut-elle se réhabiliter
aux yeux de l’Eglise ?
Brusquement, elle change tout à fait d’attitude
et décide d’abandonner son conjoint. Bouchard, délaissé,
s’en va habiter en son château d’Etroeungt où
il mourra dans la solitude et le chagrin vers 1240.
En 1223, Marguerite confirme avec éclats ses
nouvelles dispositions : au grand étonnement de beaucoup
mais avec l’assentiment de Jeanne, elle épouse un seigneur
champenois : Guillaume de Dampierre – qui lui a été
présenté, évidemment, par Philippe Auguste !
A cette occasion, l’indulgente Jeanne lui constitue
un apanage avec la Pévèle, l’Ostrevent et une
partie du Mélantois.
Cette seconde union, beaucoup plus paisible que la
première, ne durera que neuf ans pendant lesquels naissent
cinq enfants :
- Trois fils : Guillaume, Guy (futur Comte dont l’opposition
à Philippe le Bel amènera la bataille de Mons en Pévèle
– 18 août 1304), et Jean.
- Deux filles : Jeanne et Marie (qui sera Abbesse de Flines).
En 1232, Guillaume de Dampierre meurt. C’est
alors que Marguerite, ‘’veuve pour la deuxième
fois’’ à trente et un ans, décide de s’installer
au centre de son domaine, à Orchies.
L’avenir l’obligera à quitter souvent
le Pays de Pévèle mais toujours, elle y reviendra, soit
à Orchies, soit par la suite à Flines. Elle exercera
son autorité sur toute la région et bien au-delà,
lorsqu’elle deviendra elle-même, en 1244, Comtesse de
Flandre et de Hainaut.
De 1223 à 1244, Marguerite mène une vie
relativement calme, dont douze années de résidence habituelle
en Pévèle : période de paix particulièrement
bénéfique pour notre terroir, avant le retour de la
tempête.
Mais avant d’évoquer cette heureuse influence,
il nous faut essayer de démêler les nombreux fils qui
ont fait le tissu de la seconde partie de sa vie. Il y en eut de très
bonne laine mais aussi de bien mauvais coton ! L’ardente
Marguerite ne s’est pas rangée d’un seul coup :
hélas, la Dame Noire de Hainaut a porté ombrage à
la sage Comtesse de Flandre !
MARGUERITE COMTESSE DE
FLANDRE ET DE HAINAUT –
PROBLEME DE SUCCESSION
Avec le temps, Marguerite a reporté le ressentiment
qu’elle gardait envers Bouchard sur les enfants qu’il
lui a donnés. Jean et Bauduin d’Avesnes qu’elle
a pourtant tendrement chéris, lui sont devenus antipathiques.
Au contraire, elle a réservé toute son
affection aux enfants nés du second mariage : les Dampierre.
Ce nouveau revirement de Marguerite à l’égard
des Avesnes s’est petit à petit transformé en
haine.
Haine malheureusement entretenue par les descendants
des deux lits qui constitueront deux Maisons rivales, se combattront
âprement et amèneront le morcellement de l’héritage
de Bauduin le Courageux. Flandre et Hainaut deviendront provinces
ennemies pour longtemps.
Le 05 décembre 1244, la ‘’bonne
Comtesse Jeanne’’ Quitte ce monde, après quarante
ans de règne. Elle ne laisse aucun descendant, la petite Marie
qu’elle avait eue de Ferrand après sa sortie de prison,
étant décédée en 1236, à l’âge
de huit ans.
Marguerite succède donc à sa sœur,
à la tête de la Flandre et du Hainaut. Cette accession
à la souveraineté «éveille certainement
en elle un désir de prendre sa revanche sur le passé.
Dès son avènement, elle témoigne
de son dessein de déshériter les enfants du premier
lit : elle se rend à Péronne où se trouve
le roi de France – qui est maintenant Louis IX, son cousin,
le futur Saint Louis – pour lui faire hommage des deux comtés.
Elle se fait accompagner de l’aîné des Dampierre,
Guillaume, espérant le faire reconnaître comme seul et
unique héritier.
Mais Jean d’Avesnes, fils aîné de
Marguerite et de Bouchard, arrive en même temps que sa mère.
Lui aussi veut faire reconnaître ses droits : n’est-il
pas le premier-né et sa naissance n’a-t-elle pas eu lieu
avant que Bouchard soit excommunié ? D’ailleurs,
si le Pape Grégoire IX, en 1236, a déclaré officiellement
Jean et Bauduin illégitimes, l’Empereur Frédéric
II, lui, vient de les reconnaître aptes à succéder
aux biens de leurs père et mère.
La querelle est vive : Guillaume de Dampierre
ne craint pas de dire, devant Louis IX, que Jean d’Avesnes est
le fils d’un ‘’prêtre défroqué’’ !
Le sage monarque se garde de trancher immédiatement :
il prend soin de s’informer en confiant une enquête à
l’évêque de Tusculum, légat du Saint-Siège.
L’affaire reste en suspens deux ans… au cours desquels
la division passe des familles aux comtés, la Flandre prenant
parti pour les Dampierre et le Hainaut pour les Avesnes.
Jean d’Avesnes a épousé Alix, sœur
de Guillaume, Comte de Hollande. Fort de cet appui, il menace de prendre
les armes contre sa mère. Finalement, pour éviter la
guerre civile, les deux parties décident de s’en remettre
à l’arbitrage de Louis IX et s’engagent à
respecter sa décision.
L’enquête sur le premier mariage de Marguerite
conclut à la validité, pour elle et pour les enfants
nés avant l’excommunication. En conséquence, par
le ‘’Dit de Péronne’’ (juillet 1246),
le roi décide de partager l’héritage : à
la mort de la Comtesse, la Flandre ira aux Dampierre et le Hainaut
aux Avesnes.
Par cet arbitrage, Louis IX fait preuve d’habilité :
la division en deux comtés affaiblit leur puissance, mais il
ne satisfait aucune des deux parties. Marguerite marque son amertume
en ôtant de son écusson les armoiries de Hainaut. Quant
à Jean d’Avesnes, il ne se résigne pas à
la portion congrue, alors que la part la plus importante de l’héritage
va aux enfants du second lit : il songe immédiatement
à renier ses engagements.
LA LUTTE ENTRE LES DAMPIERRE
ET LES D’AVESNES
L’année 1247 voit le début de la
lutte armée, Guillaume de Hollande est élu empereur
d’Allemagne. A ce titre, Marguerite doit lui prêter serment
pour les îles de Zélande et les terres de la Flandre
impériale, mais elle est trop fière pour rendre hommage
à un allié de Jean d’Avesnes !
Celui-ci y trouve un prétexte. De concert avec
Guillaume de Hollande, il rassemble des hommes d’armes aussi
bien en Allemagne qu’en Hollande et en Hainaut et il fait une
incursion en Flandre impériale, en manière d’expédition
punitive. Il prend les villes de Grammont et de Termonde, rase plusieurs
forteresses, ravage les territoires bordant la rive droite de l’Escaut
et tue bon nombre de Flamands avant de se retirer. Ce faisant, Jean
d’Avesnes soutient que l’arbitrage de Péronne ne
concerne pas ces terres, attendu qu’elles ne relèvent
pas du Royaume de France.
Marguerite a bien rassemblé, elle aussi, une
armée mais elle ne peut résister à des adversaires
aussi puissants. En désespoir de cause, elle essaie de faire
intervenir le roi de France en allant se plaindre auprès de
lui avec trois ses fils : Guillaume, Guy et Jean.
Louis IX, toujours prudent, estime avoir déjà
fait la part belle aux Dampierre par la sentence de 1246 : il
ne veut pas prendre parti. Cependant, comme il prépare à
partir pour la croisade (la septième), il est décidé
que Guillaume de Dampierre l’accompagnera. En prenant immédiatement
la croix, le jeune prince place son héritage sous la protection
de l’Eglise et personne ne pourra plus l’attaquer sans
forfaire à la trêve de Dieu et encourir l’anathème.
De retour en Flandre, Marguerite négocie la
paix avec Jean d’Avesnes. Moyennant soixante mille écus
d’or qu’elle promet de verser dès que son fils
Guillaume rentrera de croisade, elle obtient que les d’Avesnes
renoncent à leurs prétentions sur la Flandre impériale
et les îles de Zélande.
Cependant, de nouvelles difficultés ne tardent
pas à surgir, cette fois de la part de Guillaume d’Hollande
lui-même. Marguerite refusant toujours de lui rendre hommage,
il la somme par trois fois de comparaître devant l’assemblée
des grands feudataires de l’Empire. A quoi elle oppose un dédaigneux
silence !
En avril 1248, l’Empereur convoque la diète.
Après avoir exposé ses griefs contre Marguerite, il
décide de lui enlever la Flandre impériale et les îles
de Zélande pour les donner à Jean d’Avesnes.
Pour prouver le bien fondé de cette décision,
les Avesnes soulèvent à nouveau la question de leur
légitimité : ils veulent que Rome la reconnaisse
officiellement. Le Pape Innocent IV qui, après avoir excommunié
Frédéric II, souhaite établir de meilleures relations
avec son successeur à l’Empire, désigne l’évêque
de Châlons et l’abbé du Saint-Sépulcre à
Cambrai pour procéder à de minutieuses recherches sur
les circonstances exactes du mariage de Bouchard et de Marguerite.
En octobre 1249, les délégués
du Saint-Siège déclarent Jean et Bauduin d’Avesnes
légitimes et en avril 1250, Innocent IV confirme que quiconque
oserait encore inquiéter les Avesnes de ce chef ferait l’objet
de la censure ecclésiastique.
Ainsi se trouve légalement confirmée
la donation de la Flandre impérial à Jean d’Avesnes.
Marguerite, blessée à la fois dans son amour-propre
et dans son ambition, peut alors mesurer à quelle déplorable
conséquence son antipathie envers les fils de Bouchard l’a
conduite !
Hélas, l’infortune la poursuit, son fils
Guillaume rentre de croisade, rapportant de nobles cicatrices gagnées
à la bataille de Mansourah, aux côtés de Louis
IX. Apeine arrivé, el se rend à un tournoi donné
par un haut baron du Hainaut, le sire de Trazegnies. Dans la mêlée,
il est désarçonné, roule sous les pieds des chevaux
et est horriblement écrasé.
Ainsi disparaît, le 06 juin 1251, le fils de
la prédilection de Marguerite, celui dont elle voulait faire
son unique successeur. Tout de suite, la Comtesse accuse Jean et Bauduin
d’Avesnes d’être les complices de cette mort. Ceux-ci
protestent de leur innocence mais Marguerite, atteinte dans ses affections
les plus chères, n’aura de cesse de se venger.
LA ‘’DAME
NOIRE’’ DE HAINAUT
Cependant, elle ne peut dans l’immédiat
s’en prendre directement aux Avesnes, l’appui de Guillaume
de Hollande les rendant trop redoutables. C’est donc aux habitants
du Hainaut, dont elle reste souveraine viagère, qu’elle
fait peser le poids d’un courroux devenu presque insensé.
Elle commence par retirer leur charge à tous
les ‘’officiers’’ (ceux qui remplissent un
‘’office’’ public) nés dans le pays :
bailli, prévôts, châtelains, sergents. Elle les
remplace par des Flamands. Puis elle surcharge de tailles les gens
de toute condition, grève les denrées et marchandises
d’un impôt exorbitant. Surtout, elle envoie en Hainaut
‘’trois cents flamands désignés par elle
parmi tout ce qu’il y avait en Flandre de gens avides et sanguinaires’’
(2). Ces ‘’vassaux
de la Souveraine de Flandre’’, comme elle les fait appeler,
se conduisent en véritables oppresseurs, rançonnant
quasi impunément les habitants, du plus riche au plus pauvre.
On comprend que, dans la région, la Comtesse
soit appelée ‘’Marguerite la Noire’’.
Les magistrats de Valenciennes la déclareront ‘’traîtresse
à la patrie, tyranne et pilleresse…’’
LA GUERRE OUVERTE
Au printemps 1253, Marguerite est parvenue à
réunir une armée considérable en Flandre, en
France, en Picardie et jusqu’en Poitou. Elle se juge en mesure
de reprendre à Guillaume de Hollande les possessions dont il
l’a dépouillée.
Elle fait équiper de nombreux vaisseaux pour
une descente dans les îles de Zélande, sous le commandement
de Guy et Jean de Dampierre.
L’empereur, prévenu, confie la défense
de la Zélande à son frère Florent, tandis que
Jean d’Avesnes convoque toue la chevalerie du Hainaut.
Le 04 juillet 1253, les Flamands débarquent
dans l’île de Walcheren. Ils essuient une sanglante défaite
dans les bancs de sable. De nombreux rescapés périssent
noyés. Les vaisseaux sont perdus, Guy et Jean de Dampierre
faits prisonniers.
Voici Marguerite à nouveau plongée dans
l’affliction, ce qui ne diminue en rien sa colère !
Elle la domine pourtant et tente de négocier la libération
de ses fils en adressant des ambassadeurs à l'Empereur. Celui-ci
les éconduit avec cette réponse : '‘A
celui qui sa foi brise, foi ne se doit garder'’.
La colère de la Comtesse redouble. Malgré
tout, ses conseillers la persuadent de demander la médiation
du roi de France. Louis IX, pacifique, la lui accorde et cette fois
l’Empereur accueille plus favorablement la délégation
flamande.
Mais les conditions qu’il impose pour libérer
les prisonniers sont draconiennes : Marguerite doit reconnaître
solennellement ses torts, renoncer définitivement aux îles
de Zélande et à la Flandre impériale et verser
une somme de deux cent mille florins. Le dépit de Marguerite
ne connaît plus de bornes : ‘’Voyez, dit-elle
à son conseil assemblé, comme ce Hollandais cherche
en toutes choses à m’humilier ! J’aimerais
mieux mourir de la mort la plus honteuse, plutôt que de me soumettre
à ses lois !’’
Ulcérée, elle proclame son fils Guy,
tout prisonnier qu’il soit, Comte de Flandre et elle déclare
que s’il venait à mourir, elle abandonnerait tous ses
droits sur le comté à Robert, fils aîné
de Guy. Pour parfaire sa vengeance, elle conçoit pour le Hainaut
un projet qui doit ruiner les d’Avesnes : elle donnera
cette province au roi de France, à condition qu’il fasse
remettre en liberté Guy et Jean de Dampierre.
La Comtesse prend une nouvelle fois le chemin de Paris,
mais Louis IX accueille vertement sa proposition. Il s’indigne
de voir une mère dépouiller ses fils pour satisfaire
ses passions haineuses : ‘’Les d’Avesnes
sont aussi bien vos enfants que les Dampierre’’,
lui dit-il. ‘’Nous les avons déclarés
héritiers du Comté de Hainaut. A Dieu ne plaise que
nous prenions jamais l’héritage d’autrui’’.
Et il la congédie en déclarant qu’il ne veut plus
entendre parler de cette affaire. (3)
L’EXPEDITION DE
CHARLES D’ANJOU EN HAINAUT
Ainsi repoussée, Marguerite ne se tient pas
pour battue. Elle profite de ce que Louis IX est retenu par la croisade
pour aller voir son frère Charles, Comte d’Anjou. Et
elle lui offre la terre de Hainaut à condition qu’il
fasse la guerre à Guillaume de Hollande afin d’obtenir
la libération des Dampierre. Charles ne peut accepter ce que
le roi a refusé, mais il propose que la Comtesse lui engage
le Hainaut pour le temps qu’elle vivra, cette province devant
ensuite revenir aux d’Avesnes. Marguerite, voyant qu’elle
ne pourrait jamais dépouiller complètement ses enfants
du premier lit, accepte cette proposition.
En octobre 1253, Marguerite passe un acte de donation
et emprunte de fortes sommes à plusieurs banquiers d’Arras
pour faire face aux premières dépenses de l’expédition
du Comte d’Anjou car celui-ci ne peut espérer prendre
possession du Hainaut que par les armes. Charles rassemble à
Compiègne une nombreuse armée où figurent des
princes et seigneurs non seulement de France mais aussi de Bourgogne,
de Champagne, de Lorraine, du Poitou.
Sûrs de leur force, Marguerite et Charles vont
jusqu’à lancer un défi à Guillaume de Hollande :
ils lui donnent rendez-vous dans la plaine d’Assche, entre Bruxelles
et Alost, pour y livrer un combat à outrance. Ils menacent
même d’envahir la Hollande si les prisonniers ne sont
pas relâchés.
Mais l’armée d’invasion doit faire
face à des fortunes très diverses. Plusieurs villes
dont le Quesnoy, Maubeuge, Mons, craignant l’incendie et le
pillage, ouvrent leurs portes et font allégeance au Comte d’Anjou.
D’autres, au contraire, comme Valenciennes, résistent
farouchement : quatre assauts successifs n’en viennent
pas à bout. Le sire d’Enghien ne veut pas davantage reconnaître
d’autre comte que Jean d’Avesnes : il lève
une armée dans le pays et ; une nuit, plus de deux mille
hommes fondent par surprise sur le camps des envahisseurs, y semant
la déroute.
Cependant, un cinquième assaut finit par avoir
raison des défenseurs de Valenciennes. De mauvaise grâce,
les Bourgeois se soumettent en Janvier 1254, à la condition
que l’héritage de Jean d’Avesnes, leur ‘’seul
Souverain’’ soit sauvegardé.
Charles d’Anjou ne reste d’ailleurs pas
longtemps dans la ville. L’empereur et son beau-frère,
las d’attendre dans la plaine d’Assche, reviennent en
Hainaut, reprennent Mons et se dirigent vers Valenciennes. A l’approche
de leur armée, Charles se retranche aux environs de Douai,
avec l’espoir d’y voir arriver des renforts.
FIN DE LA LUTTE DES DAMPIERRE
ET DES D’AVESNES
Jean d’Avesnes a pratiquement repris possession
du Hainaut quand un événement imprévu va provoquer
le dénouement. Une révolte des Frisons oblige Guillaume
de Hollande à regagner le Nord du pays. Alors qu’il poursuit
les rebelles pour les châtier, son cheval s’engage sur
un marais couvert de glace. Celle-ci rompt et l’Empereur, désarçonné,
est impitoyablement massacré. Il n’a que vingt-huit ans.
Entre temps, Louis IX était rentré de
croisade.
Irrité de voir que le conflit Flandre-Hainaut
n’avait fait qu’empirer il avait tenté de rencontrer
Guillaume de Hollande à Gand (novembre 1255). Sans succès,
car l’Empereur était déjà retenu par la
guerre que lui faisaient les Frissons. La catastrophe de sa mort précipite
les événements.
Les Avesnes ayant perdu leur plus solide allié,
songent à traiter avec leur mère. Marguerite, dont le
plus cher désir est la délivrance de ses fils Guy et
Jean, consent enfin à des propositions d’arrangement.
La paix ne se fait pas sans difficultés.
Louis IX prie d’abord son frère de rendre
à Marguerite l’usufruit du Hainaut, ce qu’il accepte
contre versement d’une somme de cent soixante mille livres (par
traité de Péronne de 1257, la Comtesse reconnaîtra
cette dette, payable en douze ans, par elle et ses successeurs).
En octobre 1256, le traité de Bruxelles rétablit
les anciennes relations entre la Flandre et la Zélande. Mieux
encore, ce traité prévoit que le jeune Régent,
Florent, fils de Guillaume de Hollande, épousera Béatrix,
fille de Guy de Dampierre !
Enfin, la décision arbitrale de 1246, adjugeant
la Flandre aux Dampierre et le Hainaut aux d’Avesnes est de
nouveau ratifiée solennellement devant Louis IX.
Guy et Jean de Dampierre sont alors délivrés,
après une captivité de plus de trois ans. Quant à
Jean d’Avesnes, qui a toujours souffert d’être déshérité,
il meurt épuisé par les luttes et miné de chagrin,
à la veille de Noël 1257. Son fils aîné,
prénommé comme lui, Jean, devient son successeur au
Comté de Hainaut.
La mort de Jean 1er détermine son
frère, Bauduin d’Avesnes, à aller se jeter aux
pieds de sa mère… et Marguerite, à lui accorder
son pardon.
Ainsi se termine une lutte qui aura duré dix
ans et laissera des cicatrices que les siècles auront beaucoup
de mal à effacer !
LES DERNIERES ANNEES
Le retour des Dampierre ramène en Flandre le
calme et la prospérité. Pour Marguerite, c’est
le début d’un repentir qui la pousse progressivement
à la réconciliation et à la réparation.
Sur cette dernière partie de sa vie, certains
historiens évoquent surtout ‘’la pieuse princesse’’
qui a elle-même désiré ‘’attirer sur
elle la miséricorde de Dieu et obtenir de lui une heureuse
délivrance de la servitude du péché’’.
Ceci doit sans doute être nuancé.
Par exemple, si elle ordonne ‘’qu’une
somme de onze cents livres soit prélevée sur les revenus
de ses forêts de Mormal en Hainaut, pour la réparation
des torts et injustices commis en son nom’’, elle se montre
par contre sévère envers le Sire d’Enhien qui
a contribué à faire échouer l’expédition
en Hainaut du Comte d’Anjou. Le Sire d’Enghien ne pourra
revenir à la cour de Marguerite qu’en fondant ‘’à
perpétuité une rente annuelle de quarante muids de blé
et de douze cents livres de lard à distribuer chaque année
aux villages qui ont le plus souffert pendant la guerre, et octroyer
en outre un tonneau de harengs salés tous les vendredis de
Carême’’. Cela ressemble plus à un règlement
de comptes qu’à un geste de mansuétude !
Il faut ce pendant reconnaître que, dans de très
nombreuses circonstances, Marguerite fait preuve d’un véritable
repentir. Elle apporte, en particulier, un soin spécial au
règlement des affaires de famille : elle veut prévenir
les dissensions qui pourraient à nouveau s’élever
entre les enfants de ses deux maris. Manifestement, elle en trop souffert !
Dès Novembre 1273, elle établit son testament.
Il contient plus de trois cent cinquante legs en faveur d’églises,
maisons religieuses, établissement charitables, hôpitaux,
aussi bien en Hainaut qu’en Flandre.
Surtout, elle rend sa faveur à son petit-fils,
Jean d’Avesnes. En mai 1279, il est couronné Comte du
Hainaut en l’église Sainte Waudru à Mons. En septembre
de la même année, Marguerite abdique de tout pouvoir
sur le Comté de Flandre en faveur de Guy de Dampierre
Qu’elle conduit dans les principales villes pour y recevoir
la consécration populaire.
Depuis plusieurs années déjà,
Guy assume l’essentiel du gouvernement, Marguerite recherchant
souvent le calme de L’Abbaye de Flines devenue son séjour
de prédilection (4).
C’est là qu’elle ressent les premières atteintes
d’une ‘’fièvre lente’’ qui mine
petit à petit ses forces et qui va l’emporter.
Ainsi avertie de sa fin prochaine, Marguerite prend
toutes les dispositions pour apaiser les tempêtes qu’elle
a elle-même suscitées ou entretenues. Le 10 février
1280, à Gand, elle meurt au milieu de ses enfants et petits
enfants : elle à près de 79 ans, longévité
peu habituelle à l’époque.
Un témoignage insigne de réconciliation
est immédiatement rendu par son petit-fils, Jean II d’Avesnes :
il ordonne que pendant trois jours et trois nuits, toutes les tours
du Comté de Hainaut soient éclairées par deux
flambeaux, l’un portant les armes des Avesnes et L’autre
, celles de Flandre.
Le 16 février, le corps de Marguerite est ramené
à l’Abbaye de Flines, lieu qu’elle a choisi pour
sa sépulture. Enguerran de Créquy, évêque
de Cambrai, célèbre les funérailles, avant l’inhumation
dans le chœur de la chapelle, auprès de son deuxième
époux, Guillaume de Dampierre.
De nombreux autres membres de la famille seront ensevelis
par la suite, au pied du maître-autel. Parmi eux, réunis
par l’amitié dans le même tombeau, deux petits-fils
de la Comtesse : Jean de Flandre, évêque de Liège
et Guillaume de Hainaut, évêque de Cambrai – nouveau
témoignage touchant du rapprochement des deux branches rivales
(5).
Hélas ! il ne reste rien des monuments
funéraires, l’Abbaye de Flines ayant été
rasée à la Révolution. Cependant, les esquisses
exécutées en 1601 par Antoine de Succa pour les Archiducs
Albert et Isabelle, alors souverains du pays, donnent une idée
de leur magnificence.
Une autre cérémonie spectaculaire suit
de peu la mort de Marguerite : Jean II d’Avesnes réhabilite
publiquement la mémoire de son père en lui organisant
de nouvelles obsèques solennelles.
Il fait exhumer le corps qui gisait depuis vingt-deux
ans à la collégiale de Leuze. Il le revêt d’abord
de tous les insignes de la souveraineté et le fait mettre dans
une châsse magnifique qu’il présente à toutes
les villes du Hainaut. Les habitants peuvent ainsi rendre à
Jean 1er l’hommage et les honneurs habituellement
réservés aux Seigneurs du pays.
A Mons, capitale de la province, le prévôt,
les échevins et les bourgeois, un cierge d’une main et
une épée nue de l’autre, vont au-devant du prince
mort et du prince vivant, proclamant le père et le fils Comtes
de Hainaut, Sires légitimes de la terre.
Enfin, de splendides obsèques sont célébrées
en l’église de Saint Waudru, comme si Jean 1er
n’était décédé que de quelques jours.
Le fils conduit ensuite son père à Valenciennes pour
le faire inhumer dans l’église des Dominicains.
Ainsi, après les bulles des pontifes et les
décisions des rois, c’est le Hainaut tout entier qui
veut laver l’affront fait à celui qui avait toujours
souffert d’être traité en bâtard.
LA SAGE COMTESSE DE FLANDRE
ET LA BIENFAITRICE DE PEVELE
Au cours des vingt dernières années de
son règne, Marguerite fait de la Flandre un des pays les plus
prospères d’Europe. Très active – on l’a
vue souvent parcourir à cheval ses états – elle
gouverne avec sagesse et prudence.
Dès 1252, elle avait affranchi les serfs de
tous ses domaines, les exemptant du droit que les Comtes de Flandre
exerçaient chaque année à la Saint Rémi,
soit trois deniers par homme et un denier par femme. Elle renonce
ensuite à un autre droit que lui donnait la coutume dénommée
‘’Halvehave’’, qui consistait à lever
la moitié des meubles sur les biens des serfs décédés.
Experte dans la direction des affaires, Marguerite
ne néglige rien pour développer le commerce et l’industrie
drapière : elle ordonne de creuser des canaux, fait battre
monnaie, accorde des franchises de circulation. Dans les principales
villes, elle introduit le renouvellement annuel des échevins
et favorise les foires.
A Lille, elle marche sur les traces de sa sœur
Jeanne qui a donné à la ville sa charte communale. Elle
achève l’enceinte fortifiée, un mur épais
de cinq mètres, flanqué de tours et percé de
huit portes. Elle institue la ‘’Grande Procession’’
en l’honneur de Notre Dame de la Treille, origine des fêtes
de Lille : déjà à cette époque, il
s’agit d’une grande manifestation d’allégresse
de tous les habitants.
Il reste que, dans son héritage, le pays de
Pévèle garde toujours une place de choix : la Pévèle
représentait en effet l’essentiel de l’apanage
constitué en 1223 par Jeanne pour Marguerite, à l’occasion
de son second mariage, à l’occasion de son second mariage.
Notre région a particulièrement bénéficié
du fait qu’elle en ait fait un lieu de séjour privilégié.
Au point de vue architectural, le témoin
le plus connu et sans doute le plus beau est l’ancien Hôpital
– Hospice de Seclin, fleuron du Mélantois. Il a été
entièrement reconstruit au XVIIème siècle
dans un style qui rappelle la Bourse de Lille et de la Chapelle de
l’Hospice Comtesse.
Mais l’histoire a gardé bien d’autres
traces de Marguerite dans notre environnement immédiat. Un
relevé chronologique le montre amplement :
- 1225 : Marguerite confirme les privilèges
accordés par Jeanne aux Bourgeois de Seclin, ville relevant
de sa dot.
- 1232 : Marguerite, veuve de Guillaume de
Dampierre, s’installe à Orchies. Elle donne à
la ville une construction municipale, tout comme la Comtesse Jeanne
venait de le faire à Lille. Elle y introduit la fabrication
des draps et contribue à en faire une cité commerciale
prospère (6).
- 1234 : Près d’Orchies le long
du ruisseau de l’Orque (appelé depuis ruisseau de l’Hôpital),
Marguerite met en chantier le monastère de l’Honneur
Notre Dame, abbaye de Bernardines, qui sera transféré
par la suite à Flines les Râches.
En mai, elle assigne au monastère cent livres à percevoir
annuellement sur le tonlieu (7)
et le poids public de Lille, moitié à Noël et
moitié à la Nativité de Saint Jean Baptiste.
Cette rente faisait partie de son apanage.
Par acte séparé, Marguerite donne les portions de
dîmes qu’elle possède à Auchy, Coutiches
et Orchies, donation qui sera ratifiée en mai 1238 par Wauthier
de Marvis, évêque de Tournai.
Enfin, le 09 octobre, Marguerite souscrit la charte de fondation
de l’abbaye, conçue en ces termes :
‘’Moi, Marguerite, Dame de Dampierre, je fais savoir
à tous, présents et à venir, que pour le salut
de mon âme et de celle de Guillaume de Dampierre, mon défunt
époux, et de tous mes ancêtres, j’ai donné
en aumône à Saint Bernard et à tout l’ordre
de Citeaux, le bien appelé ‘’L’honneur
Notre Dame’’, situé près d’Orchies,
au diocèse de Tournay, avec toutes dépendances, pour
qu’il soit à perpétuité une abbaye de
religieuses de ce même ordre et de la filiation de Clairvaux.’’
‘’En foi de quoi, j’ai fait sceller de mon
sceau les présentes lettres. Donné en l’an du
Seigneur MCCXXXIV, le jour de Saint Denis.’’
- 1236 : Marguerite établit à
Orchies un hôpital ‘’pour les lépreux étrangers’’
(de nombreux croisés avaient ramené la lèpre
de leurs lointaines expéditions).
L’établissement, ‘’situé à
deux cents pas de Théomolin, dans la direction de Landas’’,
est appelé la Bonne maison Saint Lazare ; il comporte
une chapelle dédiée à Saint Laurent (8).
- 1239 : Toujours à Orchies, Marguerite
fait une importante donation au béguinage de Saint Marie
Madeleine. Cette institution, fondée dès 1170 par
le conseil de la ville, rassemble des femmes pieuses qui désirent
vivre en communauté, tout en se consacrant aux soins des
malades à domicile. Marguerite leur fait don de six cents
de terre, avec une église bâtie dans leur ‘’couvent’’,
et de plusieurs maisons pour loger et soigner les sans-abri.
- 1242 : Marguerite cède à l’abbaye
de l’Honneur Notre Dame, pour en jouir après sa mort,
la maison qu’elle s’était fait bâtir dans
l’enceinte claustrale.
- 1244 : Marguerite, devenue Comtesse de Flandre,
fait don à six communes : Auchy, Orchies, Bouvignies,
Coutiches, Flines et Râches, d’une vaste plaine, située
au sud de Flines, qui s’appellera désormais le ‘’Marais
des six villes’’. L’acte de donation a été
conservé :
‘’Je, Marguerite de Dampierre, fais savoir à
tous ceux présents et à venir, que j’ai donné
aux paroissiens de Flines, de Râches, de Coutiches, d’Orchies,
d’Auchy et de Bouvignies qui dépendent de moi ou de
mon fief et delà à perpétuité, les aises
du marais de Flines en pasturage, en herbages, ne pouvant y conduire
que leurs propres bestiaux. Je leur ai donné et octroyé
comme le tenant de moi et de mes descendants, seigneurs de Pévèle,
et me paieront chaque année, à la Saint Rémi ;
ou à mes descendants, cinq sols de blanc et artésiens,
en cens. S’il arrivait qu’une de ces communes refusait
de payer la somme ci-dessus énoncée, elle serait privait
du Pâturage pour ses bestiaux jusqu’à ce qu’elle
ait payé la dite somme avec les arrérages, s’il
y en avait.’’
‘’Je donne également et octroie à
l’abbaye de l’Honneur Notre Dame d’Orchies, pour
y conduire des bestiaux en pâturage comme pour les autres
communes sus énoncées et pour que ce soit chose stable
et pour que mes hoirs ou autres ne puissent aller à l’encontre,
j’ai donné ces lettres scellées de mon propre
scel, faites et données à Orchies, en l’an de
l’incarnation de J.C. 1244, au mois d’avril.’’
- 1245 : Marie, la fille de Marguerite, prend
le voile à l’abbaye de l’Honneur Notre Dame.
Aussitôt, la Comtesse délivre une nouvelle charte qui
accorde de nombreux privilèges aux religieuses :
‘’Que les personnes de cette église puissent
parcourir notre terre en tous sens, transporter d’un lieu
à un autre ce qui leur appartient, vendre ou acheter pour
leur propre usage, pour elles-mêmes ou pour leurs gens, dans
les foires ou ailleurs, sans payer aucun droit de vinage, de passage,
de rouage, de tonlieu, de pesage ou autre semblable. On ne pourra
en conséquence exiger d’elles ni de leurs messagers
aucune de ces redevances, mais à l’avenir, elles seront
totalement exemptes de celles dont le produit nous revient.
‘’En outre, les moulins qu’elles possèdent
et posséderont sur nos terres et domaines, seront libres
de toutes coutumes et usages, tant pour les fers qui y sont employés
que pour autre chose, en tant que ces droits nous appartiennent.
‘’De plus, quant aux pâturages communs et
aux droits d’usage existant dans notre domaine, nous voulons
et concédons que, partout où la susdite église
possédera une cour ou nourrira des bestiaux, elle jouisse
des mêmes prérogatives que les communautés et
habitants des lieux, sans que personne puisse l’en empêcher…’’
Par la suite, Marguerite détache de ses domaines ou achète
de ses deniers des portions de dîmes à percevoir sur
Râches, Auchy et Landas, des biens et revenus divers à
Flines, Coutiches, Orchies, Orchies, Capelle, Templeuve, Genech,
Nomain. Elle ajoute une partie du bois de Râches, proche de
la cense que l’abbaye possède pour l’exploitation
de ses propriétés déjà importantes dans
ce secteur.
- 1246 : Marguerite crée l’hôpital
Notre Dame de Seclin, destiné à accueillir les malades,
les pauvres et également les pèlerins en visite à
Saint Piat.
- 1251 : Les chanoines de Tournay, possesseurs
de la dîme d’Orchies, ayant pris ombrage de l’établissement
d’une abbaye dans leur paroisse, Marguerite décide
de la transférer dans le disocèse d’Arrasn à
Flines les Râches où le monastère possède
dèjà de nombreuses propriétés. La construction
des bâtiments durera plusieurs années : l’abbaye
‘’Notre Dame de Flines’’ sera l’une
des plus belles et des plus vastes du comté. (voir un
avis plus nuancé des causes du transfert de l’abbaye
dans l’article de Madame Caroline Biencourt-Hermant intitulé :
‘’Le transfert de l’abbaye de l’Honneur
Notre Dame d’Orchies à Flines (1234 – 1253) ).
- 1254 : Début de la translation de
l’abbaye de l’Honneur Notre Dame à Flines. Dans
les bâtiments d’Orchies, les religieuses laissent la
place à l’hôpital fondé une dizaine d’années
avant, dans la ville, par la Comtesse Jeanne – établissement
devenu trop exigu et qui prend le nom d’hôpital de Théomolin.
En plus des édifices conventuels, élevés sur
un terrain de six bonniers, les Bernardines abandonnent la maison
de la Comtesse, le vivier de Théomolin et huit bonniers de
terre labourable s’étendant du monastère jusqu’aux
portes de la ville.
- 1257 : Fin de la translation à Flines.
A titre de compensation, Marguerite fait don à celles qu’on
appellera bientôt les ‘’Dames de Flines’’,
d’une somme de quinze cents livres, monnaie de Flandre, et
de quatorze bonniers de terres ainsi que du reste du bois de Râches.
- 1258 : Marguerite donne au village de Templeuve
sa vraie charte de propriété : c’était
le droit de tenure et la pâture du marais, commun aux habitants
de Fretin, Ennevelin et Templeuve.
- 1260 : Marguerite fait don à l’hôpital
d’Orchies de ‘’neuf muids de blé, à
percevoir sur les abbayes de Flines et de Marquette’’.
- 1273 : Marguerite fait un legs de 50 livres
à l’abbaye de Saint Amand.
En novembre, elle donne par testament à l’abbaye de
Cysoing, une rente annuelle de quinze livres, payante le jour de
son obit.
- 1278 : Marguerite mande aux bailli et Echevins
de Mardick ‘’qu’ils eussent chaque année
à fournir quinze mille harengs au pourvoyeur de l’hôpital
fondé par elle dans sa ville de Seclin’’. (voir
l’acte de donation de Marguerite en 1246 qui fait déjà
mention des 15000 harengs, il semblerait qu’elle renouvelle
ici sa demande devant la mauvaise volonté du Bailli et des
Echevins de Mardick à remplir leurs obligations)
Bien d’autres dates auraient sans doute pu ajoutée
à cette liste, si nous avions pris le temps de consulter les
nombreux écrits sur l’œuvre de Marguerite dans ce
pays de Pévèle – Mélantois qu’elle
a tant aimé.
EPILOGUE
Que conclure au terme de cette étude ?
La sagesse invite à ne pas juger ses semblables, mais précisément…
Marguerite fait-elle partie du commun des mortels ?
On peut constater que sa vie, exceptionnellement longue pour le Moyen
Age, a présenté bien d’autres aspects exceptionnels.
Elle a comporté, en gros quatre tranches, chacune d’une
vingtaine d’années mais pratiquement opposées
l’une à l’autre, les périodes calmes succédant
alternativement aux périodes orageuses.
Face à ce destin étrange et tourmenté, Marguerite
a été une femme partagée, cédant sans
doute trop souvent à un tempérament fougueux et contrasté.
Elle a été à la fois généreuse
et vindicative, pieuse et altière, pondérée et
irréfléchie, mais toujours farouchement volontaire.
Ceci explique que la Flandre et le Hainaut ne peuvent avoir gardé
le même souvenir, les innombrables bienfaits ici n’ayant
pas fait oublier les méfaits là !
A la question : ‘’Marguerite, une grande Dame ?
‘’ On peut répondre sans hésiter :
‘’une Dame hors du commun’’ qui, à
des titres diverses, n’a pas laissé personne indifférent.
Et certainement, un des plus grands personnages que la Pévèle
ait connu. Certainement aussi, un de ses plus grands bienfaiteurs.
NOTES
- Certains historiens placent sa naissance en
1202.
- Jacques de Guyse, Franciscain de Valenciennes
dans les ‘’Annales du Hainaut, Chronique qu’il
rédige au XIVème siècle… et qui n’est
peut-être pas à prendre au pied de la lettre !
- Les démarches de Marguerite auprès
de Louis IX, à la suite de l’emprisonnement de ses
deux fils sont rapportées par plusieurs historiens dont essentiellement
Leglay dans son ‘’Histoire des Comtes de Flandre’’.
Cependant, à cette époque, le roi est en Syrie (où
il est resté quatre ans, de mai 1250 à avril 1254)
et la Régente Blanche de Castille est décédée
depuis plusieurs mois (novembre 1252). Faut-il supposer que Saint
Louis disposait d’agents de liaison lui permettant de garder
le contact avec le royaume ?
- Si l’on tient compte du fait que Marguerite
a établi son testament en 1273 et que, au soir de l’existence,
elle a beaucoup délégué à son fils Guy,
on peut penser que son séjour à l’abbaye s’est
étalé sur plusieurs années.
Il n’est donc pas excessif de dire qu’avec la période
à Orchies (1232 – 1244), Marguerite a pu vivre de quinze
à vingt années en Pévèle.
- Il n’empêche que, quelque vingt
ans après la mort de Marguerite, les dissentiments renaîtront
quand la branche de Hainaut s’unira à Philippe le Bel
dans ses guerres contre la Flandre.
- Malheureusement, en 1414, un incendie dévorera
presque toutes les maisons d’Orchies, portant un coup mortel
à sa prospérité.
- Tonlieu : droit perçu sur les
marchandises.
- Un autre hôpital sera fondé à
Orchies, vers 1242, par la Comtesse Jeanne.
SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES
- Anonyme : Histoire des Comtes de Flandre – LA HAYE
– 1698. (copie dactylographiée de la Bibliothèque
Municipale de Lille).
- E. LEGLAY : Histoire des Comtes de Flandre – imprimeurs
unis – Paris – 1873.
- E. HAUTCOEUR : Histoire de l’Abbaye de Flines –
L. QUARRE – Lille – 1874.
- A. INGHELS : Histoire des Comtes de Flandre – P. VERBEKE
– LOYS – Bruges – 1875.
- DE COUSSEMAKER : Cartulaire de l’Abbaye de Cysoing
– s.1. – 1883.
- Ch. BONNIER : Templeuve en Pévèle –
LYCEUM PRESS – Liverpool – 1907.
- La Grande Encyclopédie (S.A. de) – Paris s.d.
- H. PLATELLE : Temporel de l’Abbaye de Saint Amand,
des origines à 1340 – ARGENS – Paris –
1962.
- Histoire d’une métropole : Lille – Roubaix
– Tourcoing – sous la direction de L. TRENARD –
PRIVAT, Toulouse – 1977.
- E. ERME : Marguerite, de Constantinople, Comtesse de Flandre
et de Hainaut – 1978. (Brochure dactylographiée, Bibliothèque
Municipale de Lille).
- E. DRAUX : Nouvelle Histoire d’Orchies – MOREL
et CORDUANT – Lille – 1980.
- R. FOSSIER : Le Moyen Age – Armand COLIN – Paris
– 1983.
- J. FAVIER : Le temps des Principautés – FAYARD
– Paris – 1984.
- H. PLATELLE et D. CLAUZEL : Histoire des Provinces Françaises
du Nord – T.2 : Des Principautés à l’Empire
de Charles – Quint. Editions des Beffroi – Dunkerque
– 1980.
- G. SIVERY : Philippe Auguste – PLON – Paris
– 1993.
- J. FAVIER : Dictionnaire de la France Médiévale
– FAYARD – Paris – 1993. ( cet ouvrage a servi
essentiellement de référence pour les dates).
- Paru en 1996 : Le journal de Marguerite (1995 – 1996),
édité par le centre archéologique de la ville
de Seclin à l’occasion du 750ème
anniversaire de la fondation de l’Hôpital sous l ‘égide
de Stéphane REVILLON.
- Principalement : A. MERCK : ‘’L’existence
particulièrement mouvementée de Marguerite de Flandre
ou de Constantinople’’ Numéro 1 avril 1995.
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