La légende
d'Harengus - Le conte d'Harengus
Témoignage : Te voilà devenu passeur ...
T : Tu es un passeur, mon ami !
VHS : Tu m’interpelles. Que dois-je comprendre
? Te connaissant, tu es loin d’utiliser un mot sans que celui-ci
ait un sens précis. Guide moi…….
T : Un passeur permet le passage d'une rive
à l'autre. Il met en communication des contrées séparées
par un obstacle. Un passeur est un lien entre les gens, entre les mondes.
Un géant, c'est plus qu'un objet attrayant ou qu'une occasion
de faire la fête.
Un géant des Flandres, c'est un lien entre les habitants d'une
ville, d'un quartier ou des membres une corporation. Le géant
les représente. Il est la figure à laquelle chacun peut
dire "Oui, je suis un d'entre eux."
J'ai dansé le rigodon avec le maire de Seclin, pas plus fier
que cela, et des habitants de Seclin de différents horizons.
N'y avait-il pas pour saluer le Géant des danseurs vêtus
de costumes de la lointaine Afrique ?
Un géant, c'est un lien avec nos ancêtres. J'ai habitude
de me faire remarquer dans mon pourpoint vert, chaussé de mes
bottes de 7 lieues et coiffé de mon feutre immense.
Ce jour là, je me fondais presque dans la foule où se
mêlaient les costumes de différentes époques, de
différents temps. C'est un signe patent de quelque chose. Un
nouveau lien avec notre passé était créé.
Un passé qui nous définit à bien des égards,
qui nous unit dans un parcours commun, toi, moi, et des gens dont nous
n'avons pas entendu parler mais qui sont issus de ce passé tout
autant que nous.
Un géant, c'est un lien avec notre terre et le maillage de notre
passé commun. Est ravivé la mémoire du lien entre
la terre de Flandre et sa côte. D'HARENGUS à TIT Frère
se mêlent les histoires comme un fil par delà les distances,
qui crée le lien entre notre contrée et ses voisines,
rappelant que notre passé comme notre avenir est lié par
des liens qui pour paraître ténus, sont pourtant essentiels.
Un géant, c'est un lien entre ce que nous sommes et ce que nous
voulons être, entre la réalité et l'imaginaire,
entre notre mémoire du passé et nos aspirations pour l'avenir.
Un homme ne se construit pas seulement sur des faits, mais aussi sur
des désirs, des rêves, des aspirations. Nous ne sommes
pas seulement la conséquence d'évènements qui de
causes en conséquences nous lient à une chaîne comme
des marionnettes sur un fil. En tout homme se trouve une aspiration
au souffle épique des idéaux. Nous admirons tous le Héros
parce que nous voudrions incarner ce qu'il incarne. Nous nous voulons
plus grands, nous nous voulons meilleurs. Nous jugeons nos propres actes
à l'aune de choses aussi impalpables qu'indéfinissables
: Bonté, Justice, Vérité... et nous nous lançons
dans des entreprises absurdes tels des Don Quichottes pour atteindre
l'inaccessible étoile.
Ce qui nous définit en tant qu'Homme, loin de la réalité
vulgaire de l'homo sapiens c'est cette capacité au désir,
à la soif du Bien, cette lutte constante entre nos instincts
bestiaux et nos aspirations les plus hautes. Nous sommes à la
conjonction entre le singe nu et l'Ange déchu...
Quand l'Histoire croise ces aspirations humaines naissent les légendes.
Elles restent parce qu'elles sonnent dans la tête de ceux qui
les entendent comme porteuses d ' une vérité plus profonde,
plus "vraies" que la vérité des historiens.
Elles survivent parce qu'elles parlent de notre humanité.
Nous voulons tous que la générosité et le bon droit
l'emporte sur la vilénie et la cruauté parce que c'est
ce qui doit être, sinon rien ne sert à rien. Le méchant
doit être puni, le bon récompensé. Le voleur
avide est dévoré par le Poisson d'Or, la comtesse généreuse
conserve sa terre. C'est bien ainsi.
Quelle est la réalité historique ? Qu'en savons nous au
juste ? Cela n'a au fond pas beaucoup d'importance. Les légendes
ne servent pas à apprendre une vision objective de l'histoire.
Cette légende d'HARENGUS, comme beaucoup d'autres, comme toutes
les autres, nous apprends à nous conduire en Humain.
Un Géant, c'est tout ça.
Mais un géant, c'est le fruit de la volonté d'hommes -une
volonté inexprimée, parfois obscure- de créer ces
liens entre les hommes, entre les époques, entre l'homme et son
humanité.
Ce sont souvent des rêveurs solitaires au départ, mais
dont le rêve se communique aux autres parce qu'ils ressentent
en eux, confusément, ces "vérités" nécessaires.
Alors naissent des projets absurdes qui enflamment pourtant assez les
gens pour que puisse se caresser un instant, juste un instant, l'inaccessible
étoile.
Ces rêveurs ne mettent pas autant de mots ni d'aussi grandiloquents
que je viens de le faire sur ce qu'ils font. Ils ont "juste restauré
la vieille chapelle", "juste utilisé une légende
pour qu'on se rassemble dans le quartier et qu'on y soit bien","juste
voulu protéger la vieille pierre aux fées", "juste
raconté une histoire", "juste créé une
association de géant".
Et pourtant ce "juste" contient tellement...
Ces gens là sont des passeurs.
Bien à toi,
TORTEQUESNE