Les siècles antérieurs sont parsemés
de faits glorieux ignorés du commun des mortels, ceux-ci ensevelis
par le linceul de la nuit des temps. Notre bonne ville de SECLIN ne
déroge pas à cette règle.
Dans de vieux grimoires, au détour d’une page, une légende
est revenue me charmer. Par rapport à toutes celles que j’avais
pu lire et découvrir auparavant, celle-ci mêle l’étrange
au réel de la vie quotidienne. Entre 1964 et 1973, nos anciens
festoyaient autour d’une fête dénommée ‘’fête
des harengs*’’. J’étais très jeune et
mon esprit malgré mon tout jeune âge, bouillonnait de questions :
La mer, me disais–je, est à plus de 80 km (soit l’équivalent
de 20 lieues) de notre cité. Comment se fait-il que l’on
honore le hareng au beau milieu des terres ? Ces vieux grimoires
m’ont enfin révélé la réponse que
je cherchais depuis plus de quarante années. Alors écoutez
ce qui suit…
Il y a très, très longtemps, bien avant
que nous soyons de ce monde, existait un royaume plus connu sous le
nom de Comté de Flandre. A cette époque, ce royaume était
‘’gouverné’’ par le bon Comte Baudouin.
Tous l’aimaient et l’appréciaient. Il était
juste et n’avait de cesse de défendre l’opprimé,
la veuve et l’orphelin. Sa sagesse n’avait d’égale
que sa bonté. Sa renommée dépassait même
les lointaines frontières des pays connus, à tel point
que nombreuses étaient les ambassades qui se pressaient pour
entendre ses conseils.
Mais revenons à cette vieille légende…
(*Note : Fête organisée par le
Syndicat d’Initiative ‘’ Les Amis de SECLIN’’)
La Flandre, Royaume convoité et déchiré
En quête d’absolu, vers les chemins
de l’aventure.
Tout commença en l’an de grâce 1202.
Le bon Comte de Flandre Baudouin IX partit en croisade. Imaginez une
troupe faite de bric et de broc où s’entremêlent :
les nobles richement dotés, montés sur des fiers destriers,
les gueux, les paysans menant basse court, chèvres, vaches, moutons,
les lavandières, les cantinières, les chariots bondés
de vivres et d’armes tirés par des paires de bœufs,
de coffres de toutes tailles, d’armures, de soldats tenant la
bannière de la sainte armée, d’écuyers tous
armés et bardés de la croix rouge sur fond blanc. Dans
un fracas de bruits hétéroclites, de meuglements, d’
hennissements, de l’entrechoquement des marmites, des ordres lancés
par les vachers, de la poussière soulevée, de la boue,
de la pluie, cette troupe s’avançait lentement sur la plaine,
franchissait les cols, traversait des pays inconnus. Tous comme un seul
homme, cette troupe suivait leur chef, Baudouin IX. Sa grande foi le
conduisit jusqu’aux portes de l’orient. Il fallait atteindre
JERUSALEM, c’était le but ultime, pour la gloire de la
chrétienté.
La cité de CONSTANTINOPLE fut, en 1204, après de furieux
combats, d’actes de bravoures, conquise au nom du Dieu des Chrétiens.
Cette quatrième croisade régentée par le Pape Innocent
III permit d’instaurer un empire qui dura jusqu’en 1261.
Lors des combats, un homme aux cheveux d’un roux flamboyant surpassa
en bravoure ses co-légionnaires, ce fut notre Seigneur, notre
Comte Baudouin, neuvième du nom. Ses actes d’héroïsme
furent accueillis et reconnus par l’unanimité des troupes
croisées ; ses pairs l’élisent ‘’Empereur
de Constantinople’’.
Ces présages ne pouvaient être que de bons
augures pour les peuples conquis. Mais dans ce combat entre le bien
et le mal où l’être n’est qu’un pion,
la vie d’un héros n’est que peu de chose. Fougueux,
notre Empereur se lança sans réfléchir dans un
piège que les Bulgares lui tendaient, il fut capturé et
mourut quelques temps après son élection.
Mais revenons quelques jours avant ce jour fatidique.
Ce que ne raconte pas la ‘’grande histoire’’,
c’est ce fait anodin non relaté par les chroniques de l’époque.
Dans un songe, quelques temps avant de connaître
une mort héroïque, Baudouin IX se réveilla en pleine
nuit, très songeur. Il venait de voir dans les nuées de
son rêve, un poisson argenté aux reflets d’or qui
lui disait :’’ Ne t’inquiète pas
pour ton Comté ! ! !…. ‘’
Que penser ? Quelle était la signification
d’un tel rêve ?
L’esprit de l’Empereur fut pendant quelques
temps, absorbé par ce songe mais les affaires du royaume reprirent
rapidement leur place et ce rêve s’envola de son esprit.
La mort le surprit quelque temps après.
Pendant ce temps, ne sachant rien sur les événements
du royaume de Constantinople, et se languissant de son époux,
Marie de Champagne, mère de Jeanne et de Marguerite décide
de rejoindre son mari. Le voyage est délicat, Marie vient juste
de mettre au monde Marguerite, sa fille cadette. Sa santé est
précaire et, réaliser un tel voyage dans son état
est risqué. Pourtant elle part et confit ses fillettes aux nourrices
leur affirmant que tout ira bien et qu’elle sera bientôt
de retour. Elle ne sait pas que la mort l’attend à Saint
Jean d’Acre sur le chemin qui aurait du la mener vers son mari.
Ainsi une mauvaise fièvre l’emporte laissant ses deux jeunes
filles orphelines, et son Comté aux convoitises de Philippe Auguste,
Roi de France. Mais avant que la fièvre ne l’emporte, dans
un moment de paix, Marie de Champagne revoyant les visages familiers
de son mari et de ses fillettes crut voir au-dessus des êtres
chers, un hareng argenté aux reflets d’or qui lui parlait
:’’Ne t’inquiète pas pour tes filles
et ton Comté ! ! ! !…’’.
Elle meurt mais avant son dernier soupir, ceux qui l’accompagnaient,
purent entendre la Comtesse dire d’une voix faible, ces quatre
mots à intervalles irréguliers : Baudouin…
!, Marguerite… !, Jeanne… !, poisson… ! Chacun
était perplexe, les prénoms des êtres aimés
se comprenaient mais pourquoi le mot ‘’poisson’’
! !
Etrangement, notre valeureux comte de Flandre, Baudouin
IX et son épouse, Marie de Champagne reçurent un message
étonnamment identique et ce, en un espace de temps relativement
court. Mais que pouvez bien signifier ces visions, ce poisson…..
et pourquoi un poisson ? Ni l’un, ni l’autre ne le
surent……. !
Dans l’ombre des palais, l’ennemi guette et
agit…
La nouvelle arriva très rapidement dans le Comté,
le Roi de France fut averti, une période de grand deuil fut tenu
par le peuple de Flandre. Leur bon Comte et leur comtesse bien aimée
n’étaient plus. Le peuple abasourdi pleura longtemps leurs
maîtres…
Cela ranima aussi la convoitise des Seigneurs voisins et notamment de
Philippe Auguste. Orphelines, Jeanne et Marguerite furent confiées
dans un premier temps à leur oncle Philippe le Noble, comte de
Namur puis, le Roi de France par l’intrigue, se fit confier les
fillettes et géra leurs comtés. Son but était simple :
annexer les comtés de Flandre et du Hainaut à sa couronne
en faisant du seigneur qui les gouvernerait, son vassal. Pour cela,
il les abrita au Louvre. Ce palais n’est en fait qu’une
prison dorée, destiné à mieux surveiller les deux
orphelines.
Coulant des jours sans joie, les fillettes avaient habitude de s’amuser
dans les jardins du Louvre. Le donjon de masse imposante en rendait
l’endroit sinistre et lugubre. Depuis leur arrivée dans
ce palais, la mélancolie et la tristesse flottaient souvent dans
leur regard. Elles se sentaient surveillées. La fougueuse Marguerite
ne l’acceptait pas et trouvait tous les moyens pour échapper
à ses surveillants. Un soir, Marguerite la rebelle qui avait
désobéi aux consignes, se trouvait assise sur le bord
de la vasque d’une fontaine. L’air était doux, le
soleil avait disparu pour ne laisser trôner dans le ciel étoilé
que le luminaire nocturne. La lune était pleine et se reflétait
dans le bassin. L’âme de la jeune comtesse était
lourde. On entendait au lointain, les bruits de la vie au-delà
des murs d’enceinte. C’était une belle nuit d’été.
Les pensées de Marguerite vagabondaient quand bizarrement le
bassin s’illumina progressivement. Sur l’instant Marguerite
ne fit pas de suite attention au phénomène particulier
qui se déroulait devant elle. Ce n’est que lorsque le bassin
s’illumina de mille feux que notre fillette fut interloquée.
Peu à peu, elle avança son visage au-dessus de l’eau
scintillante, la crainte l’avait quitté. Son visage apparaissait
radieux et reposé. Soudain au fond de l’eau, un poisson
apparu, il la regarda avec douceur et lui dit :’’Ne
t’inquiète pas pour ton Comté, tu seras comme ta
sœur, bienfaitrice de ton peuple ! ! !….’’.
Le regard dans le vague, Marguerite sentit quelqu’un lui secouer
l’épaule. En instant, elle se retrouva dans le jardin,
tout était comme avant.
‘’Jeune fille, vous devriez être
dans vos appartements’’ lui dit une vieille gouvernante
à l’air revêche. Auparavant, Marguerite lui aurait
tiré la langue et serait parti en courant vers le palais ;
mais aujourd’hui, non.
Elle regarda la gouvernante dans les yeux et avec un
large sourire lui dit : ‘’Excusez mon étourderie,
je rêvassais, bercée par la douceur du soir’’.
Elle se leva et se hâta sans courir de retourner au château
pour raconter à sa sœur l’invraisemblable phénomène
dont elle avait été témoin.
Philippe Auguste, en habile stratège, avait fomenté
une intrigue vicieuse et perfide : faire épouser Jeanne
à Ferrand, fils du Roi du Portugal, fidèle parmi les fidèles
et cela sans la forcer jouant tout simplement sur les sentiments. Le
mariage se déroula en 1211. Le roi ayant réussi l’union
de Jeanne, l’aînée des deux jeunes filles, se désintéressa
de la cadette. En 1212, Marguerite épousa Bouchard, fils cadet
du seigneur d’Avesnes et bailli du Hainaut.
(Note : 1214 – bataille de BOUVINES / Ferrand est fait
prisonnier, libéré en 1226, meurt en 1233 / Jeanne se
remarie avec Thomas fils du Comte de Savoie)
Jeanne régna sur les comtés de Flandre et du Hainaut et,
comme l’avait prédit la vision de sa sœur Marguerite,
elle fut une bonne comtesse. Pourtant en 1233, Ferrand meurt, bientôt
suivi dans la tombe de leur fille, la petite Marie, née de leur
union.
Responsable politique avisée, elle favorise alors l’autonomie
communale et l’accroissement du rôle des habitants des villes
dans l’exercice du pouvoir local mais elle est aussi à
l’origine de plusieurs institutions hospitalières qu’elle
dote généreusement. En 1244, elle décède
à l’abbaye de Marquette.
Marguerite, quant à elle devint Comtesse de Flandre
et du Hainaut, Comtesse de Constantinople au décès de
sa sœur. Sa vie maritale tumultueuse correspond à la rebelle
et fougueuse jeune fille qu’elle était dans les jardins
du Louvre. Séparée en 1221, elle se remarie avec Guillaume
de Dampierre, fils d’un grand seigneur champenois.
De ces deux unions, naîtront des fils qui seront la source de
nombreux conflits ultérieurs.
(Note : Arbitrage de Louis IX (futur Saint Louis) et du légat
du pape – la Flandre aux Dampierres – le Hainaut aux Avesnes
/ 1° en 1246, 2° en 1256 (dit de Péronne). Marguerite
meurt le 10/02/1280 (78 ans) à Fline).
Pour Marguerite comme pour Jeanne, le songe du mystérieux
et miraculeux poisson resta un mystère. Ce mystère devint
plus opaque encore lorsqu’un vieux compagnon de leur père
en écoutant leur récit, leur narra l’apparition
de ce poisson à chacun de leurs parents. Ce n’est qu’un
peu plus tard que le voile du mystère daigna se soulever légèrement….
Entre le mal et le bien
Quand l’esprit malin se libère
!
Un événement que les historiens nous rapportent
est l’apparition, quelques temps après la mort du Comte
Baudouin IX, d’un ermite mythomane, ancien jongleur qui réussit
par son charisme et par l’utilisation habile du mystère
entourant la mort du comte à se faire passer pour lui. Ce faux
Baudouin devenait de jour en jour de plus en plus influent, drainant
à lui des milliers de personnes croyant revoir leur Comte bien
aimé. Son pouvoir était tellement grand qu’il souleva
une véritable sédition grâce à la complicité,
plus ou moins de bonne foi, de quelques villes et de nombreux seigneurs.
L’imposteur démasqué fut exécuté.
Mais sait-on réellement qu’elle fut sa véritable
fin ? Là aussi, ces vieux écrits nous révèlent
l’invraisemblable vérité. Ils disent que ce faux
Baudouin avait coutume d’haranguer la foule jucher sur une barque
à fond plat. Alors qu’il distillait ses mensonges, venant
de nul part un grondement sourd se fit entendre. Au fur et à
mesure celui-ci s’amplifia, au point que l’on entendit que
lui. Soudain un poisson énorme argenté aux reflets
d’or, chevauché par le Prince-Roi, apparu hors de l’eau
et en un instant fondit sur l’orateur et l’avala. Un
calme pesant régna aussitôt laissant la foule sans voix
ne sachant quoi faire.
Sans chef, elle se dispersa, la paix revint alors dans
le comté.
Cet événement ne fut jamais transcrit par les historiens
de l’époque car le fait simplement de l’écrire,
de le raconter était considéré comme acte de sédition.
Pourtant malgré cette peur, la rumeur arriva jusqu’aux
oreilles de Jeanne. Elle écouta et sans un mot, elle sourit se
rappelant l’expérience de sa sœur cadette dans les
jardins du Louvre.
Pourtant…
La légende dit qu’au printemps, durant certaines
nuits de pleine lune, les personnes égarées affirment
avoir vu vagabonder sur les plaines flamandes, un être ressemblant
étrangement à l’ermite. Plusieurs témoins
de tous âges et de tous sexes le certifient même. Celui-ci,
disent-ils, se déplace sans bruit la chevelure rousse flamboyante
flottant au vent. Lors de son passage un silence mortel s’installe.
Plus un bruit ! Plus une feuille ne bouge ! La nature se tait,
les animaux se cachent, l’angoisse apparaît chez les petits
enfants sans que rien ne puisse expliquer pourquoi……
Réfléchissez, je suis persuadé qu’en
fouillant dans les méandres de votre mémoire, des faits
semblables vous reviendront à l’esprit. Alors de vous à
moi, vous saurez que la vérité est ailleurs.
Le voile se soulève enfin !
Mais sommes nous sûrs de ce que nous croyons être la vérité.
Cette vérité n’a-t-elle donc pas à un autre
visage ? Ces visions ne peuvent-elles pas signifier autre chose ?
Le doute s’installe, peut-être ; alors, écoutez
ce qui suit….
Une pêche miraculeuse…
Le métier de marin est un des métiers les
plus difficiles, il demande du courage, de la volonté et une
connaissance parfaite du milieu où l’on se risque. Tous
les marins vous le diront : ‘’la mer est la plus belle
des aventures’’. Elle rend humble celui qui affronte ses
éléments déchaînés. Elle force le
respect et nombreux sont ceux qui payent de leur vie leur amour inconditionnel
de l’océan. Parmi ces inconditionnels de la mer vivait
un homme de forte stature, excellent marin, très croyant à
la voix rocailleuse…
En 1245, ce pêcheur surnommé Tit frère
du port de Mardyck considéré par ses condisciples comme
le meilleur d’entre eux vécut une expérience particulière
qui fit de lui une légende vivante. Comme je viens de le dire,
sa réputation d’habile et fin pêcheur avait fait
sa renommée. Pourtant un jour de septembre 1245 après
une apparition dans la petite église où il aimait se recueillir
et demander la protection de la Vierge pour ses campagnes de pêches,
sa vie fut totalement transformée. Dans la petite chapelle, il
était seul quand la statue qui était devant lui s’anima.
Il frotta, de ses mains rugueuses, ses yeux surpris. La vierge lui parla :
‘’Dorénavant tu pêcheras pour les pauvres
de ce monde. Va ! Et pêche uniquement dans la baie des sirènes’’.
Le phénomène s’arrêta comme il était
venu. Tit frère était croyant mais il était aussi
un marin avisé et confirmé. Il savait que la baie des
sirènes était un lieu où personne n’a de
chance de remonter le moindre poisson. Que devait-il faire ? ?
Il était partagé par un double sentiment contradictoire.
C’est évident, son choix était difficile, sa réputation
était en jeu. Durant les jours qui suivirent, ne montrant pas
son désarroi intérieur, il alla pêcher dans ses
lieux de pêche favoris essayant d’oublier sa vision. Il
lança comme à son habitude ses filets. Sa surprise fut
alors totale : en remontant ses filets, pas le moindre poisson.
Il persista, utilisant toutes les ruses, toutes les manœuvres,
pêchant de jour, de nuit. Il avait beau pêcher dans les
mêmes eaux que les autres pêcheurs, rien n’y faisait
; alors que lui ramenait quelques livres de poisson, ses amis en ramenaient
mille fois plus.
Les autres pêcheurs se rendirent vite compte que Tit frère
revenait quasiment bredouille chaque jour. Même les campagnes
de pêche plus longues ne donnaient que de quoi nourrir sa famille.
Plus le temps passait, plus sa vision lui revenait à l’esprit.
Tit frère était un homme logique, bien ancré dans
la certitude de la réalité. Son hésitation continua
ainsi jusqu’en juin 1246. Ayant confié à son épouse,
son secret ; celle-ci nullement surprise par la fable qu’elle
entendait lui conseilla de suivre scrupuleusement les conseils et les
recommandations qu’il avait reçues. Ils se mirent à
genoux pour prier et dès les premières paroles une paix
douce vinrent les envelopper. Une voix paisible se fit entendre dans
l’humble logis : ‘’Pêche dans la baie
aux sirènes ! !’’.
En l’an de grâce 1246, Marguerite, voulant
soulager la misère autour d’elle, fit don de sa maison
édifiée à SECLIN.
Dans un acte que vous pouvez encore lire, elle écrit
et pose son sceau.
Voici l’acte :
Marguerite, comtesse de Flandre et
du Hainaut, à tous ceux que les présentes lettres
verront et entendront, salut !
Désirant d’un ardent désir mettre en pratique
la parole de l’Evangile, j’ai résolu de
fonder, près de SECLIN, un hôpital pour le soulagement
des pauvres. Afin de commencer cet hôpital je donne….les
biens qui suivent en aumône perpétuelle :
1°) le fonds même sur lesquels sont commencés
les bâtiments du dit hôpital,
2°) les terres et les près adjacents du dit terrain,
3°) une rente annuelle de 140 hl de froment, 95 hl d’avoine
et de 20 sols de monnaie de Flandre,
4°) 142 h tant en bois qu’en terre arable sise à
Vieux-Berquin, avec la rente annuelle de 30 livres 11 sols
– deniers de Flandre,
5°) une rente annuelle de 15000 harengs à
prendre sur les revenus du port de Mardyck,
6°) 20h de moeres avec le tréfonds sis dans l’hospice
d’Assenède. |
|
Marguerite confia cet hôpital aux sœurs de l’ordre
de saint Augustin. Ces dernières sont plus connues aujourd’hui
sous le nom de sœurs augustines hospitalières. Vous pouvez
même les rencontrer si vous passez sur le chemin qui mène
à saint Jacques de Compostelle.
Les notables du port de Mardyck reçurent l’injonction
de livrer cette rente de 15000 harengs. Comment allaient-ils faire pour
répondre à cette obligation ? Il se réunirent
et après de longs débats, ils décidèrent
de confier cette tâche à Tit frère. Cette
décision avait un double but : donner la chance à
l’un des leurs, tombé dans la précarité,
d’avoir l’assurance de faire vivre sa famille mais aussi
de resserrer les liens entre marins. Le transport de la marée
étant assuré par les meilleurs cochets de la cité
portuaire.
Tit frère était en mer quand la
décision fut prise par les notables du port. Comme il l’avait
décidé avec son épouse, il alla dans la baie des
sirènes. Il mouilla son embarcation et lança ses filets.
Les instants qui suivirent furent angoissants. Qu’allait-il se
passer ? L’attente ne fut pas longue. Filets après
filets, Tit frère remonta des milliers de hareng. Son
chalut remplit à ras bord, il revint au port et comme à
l’habitude des bonnes pêches il actionna la cloche de bord.
Il remercia dans le fond de son cœur la vierge pour cette bénédiction.
Il comprit ce que voulait dire la phrase qui restera marqué dans
son esprit : ‘’Dorénavant tu vas pêcher
pour les pauvres de ce monde…’’ lorsqu’il
apprit la décision des notables du port et surtout dans quel
but.
Le divin se manifeste parfois, pour sauver un royaume,
par de surprenant ambassadeur. Cette fois, ce fut un hareng, pur produit
de consommation mais aussi symbole d’indépendance et de
liberté, symbole des premiers chrétiens.
HARENGUS et la fête des harengs,
Entre souvenir et exorcisme…
Depuis cette époque, la coutume veut que dans
les foyers flamands au plus profond des terres lorsque les enfants ne
sont pas sages, les aïeuls racontent à leurs petits enfants
désobéissants, l’étrange histoire du vieil
ermite. Ils leurs promettent que ce vieil ermite aux cheveux rougeoyants,
couleur des feux de l’enfer, viendra les chercher et les emmener.
Mais honnêtement entre nous, êtes-vous sur que les fées,
les mages, les sorciers, les apparitions n’existent pas ?
Les légendes n’ont-elles pas toujours un fond de vérité ?
Dites-moi où commence la réalité, où commence
la fiction. Personnellement, je ne le sais. Mais ce que je sais, c’est
que depuis, afin d’exorciser les démons qui viennent hanter
les nuits flamandes et chasser le vieil ermite aux cheveux couleur de
l ‘enfer, nos anciens à la fin de chaque printemps
honorent dans un carnaval débridé la mémoire de
leur bonne Comtesse en se jetant des petits poissons en pain d’épices
symbolisant le hareng argenté aux reflets d’or de la légende.
Vous comprendrez maintenant pourquoi en 1964 il fut décidé,
une nouvelle fois pour renouer avec les siècles passés,
d’honorer le hareng en plein milieu des terres bien loin des ports.
Mais si vous êtes un peu curieux regardez lorsque vous verrez
passer HARENGUS votre hareng géant, regardez bien : il porte
une couronne. Cette couronne comtale fut offerte et déposée
sur la tête d’HARENGUS par les anciens seclinois en souvenir
et en remerciement pour les avoir sauvés maintes et maintes fois
des famines très fréquentes à cette époque
lointaine.
L’histoire nous interpelle aujourd’hui, elle nous demande,
à nous, ses héritiers, de conjurer également ce
mauvais sort en enfermant pour les siècles à venir l’esprit
maléfique du vieil ermite, de peur que ce dernier ne vienne hanter
une nouvelle fois notre cité. Elle nous offre les clefs de la
réussite au travers de la sagesse de nos anciens. Ils nous ont
montré l’exemple au travers de la fête de harengs :
Dansons ! Rions ! Amusons-nous ! Notre sourire et notre
joie sont en fait les clefs du cachot qui enfermera l’esprit de
l’ermite. Mais comme avec tout bon remède, nous devrons
à chaque printemps renouveler notre charivari.
Interrogez les anciens, les sages de la commune, demandez
à votre grand-père, à votre grand-mère qu’ils
vous racontent encore les mille et une histoires sur HARENGUS et sa
fête. Ils vous diront tous, dans leur patois, l’origine
du nom du ‘’pichon comme y disotent din l’coin
car tous y l’applotent euch’ gus hareng’’
d’ou la déformation avec le temps pour devenir aujourd’hui :
HARENGUS. Alors, écoutez-les attentivement…
Ils vous transmettent votre héritage et lorsque
vous attraperez un poisson en pain d’épices, souvenez-vous
que SECLIN doit beaucoup au hareng. Un jour, votre tour viendra de passer
le flambeau à vos petits enfants.
Légende retrouvée dans de vieux grimoires
qui ont depuis disparus lors d’un incendie récent. Cette
légende est la propriété exclusive de l’association
‘’Les Amis des Géants de SECLIN’’.
Témoignage : Te
voilà devenu passeur ...